Je vous vois, je suis vous

Surmenage, épuisement professionnel, usure de compassion… Quelle que soit l’expression utilisée, j’en ai moi-même souffert, en tant qu’épouse d’un vétéran des Forces armées canadiennes touché par le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Quand je repense à certaines situations qui se sont produites dans ma vie chaotique, alors que j’essayais d’être à la fois une épouse, une mère et une aidante, en plus de travailler à temps plein…

Pour être honnête, je ne saurais dire comment j’ai fait. La seule explication valable est que j’étais en mode survie. J’étais prête à faire tout et n’importe quoi pour permettre à ma famille de tenir le coup, même si ça devait être au détriment de ma propre santé.

Photographe : Antonio Infante
Photographe : Antonio Infante

Il y a un dicton qui dit « If you know, you know » (Si tu le sais, c’est que tu le sais). Vous voyez ce que je veux dire, le genre de journée où tout tourne au vinaigre. Vous préparez tout de même les enfants pour l’école. Vous vous préparez pour le travail. Vous sortez de chez vous. Vous affrontez la journée avec le peu d’énergie qui vous reste. Et personne n’a la moindre idée de ce qui se passe dans votre vie. On est très habiles pour cacher notre douleur, notre chagrin et le fardeau associé au TSPT (celui de notre conjoint, mais aussi le nôtre) qui pèse lourd sur nos épaules.

J’ai vécu ainsi pendant plusieurs années. Je ne sais pas comment ça s’est passé pour vous, mais de mon côté, il est venu un moment où j’en ai eu plus qu’assez, je devais me sortir de là – j’étais complètement dépassée et c’était devenu insupportable. J’avais perdu tout espoir – alors, je suis passée à l’acte, j’ai avalé des pilules. Mais je l’ai tout de suite regretté. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé l’ampleur de la situation et que j’ai compris que la seule personne qui pouvait changer le cours des choses, c’était moi. Il n’y avait pas de médecin, de médicament ou de solution miracle au TSPT. Les choses n’allaient pas se régler d’elles-mêmes.

J’aimerais pouvoir affirmer qu’une telle prise de conscience a permis à la situation de se replacer, mais ce ne fut pas le cas. Malheureusement, en cours de route, j’avais adopté de nombreuses stratégies d’adaptation malsaines pour me maintenir sur le pilote automatique. J’ai donc dû apprendre de nouvelles stratégies plus saines. Il s’agissait d’abord de me fixer des limites saines, d’apprendre à dire « non », ce qui n’a pas été facile. La deuxième stratégie était de déterminer ce qui m’aidait à me recharger, à refaire le plein d’énergie, ce qui était encore plus difficile. Je n’en avais aucune idée, et pour être honnête, j’ai encore parfois du mal à répondre à cette question. Puis, la troisième étape a été d’apprendre à communiquer mes besoins et mes désirs. Enfin, j’ai dû reconnaître que je ne pouvais pas tout régler par moi-même, et qu’il me faudrait faire appel à ma famille et à mes amis.

Polly et Sean Maher
Polly et Sean Maher

Tout cela ne se pas fait du jour au lendemain, j’y travaille encore aujourd’hui. Je me suis toutefois offert un cadeau, à savoir la conscience de ce à quoi ressemble ma vie lorsque je me dirige vers l’épuisement et la fatigue. Je dispose maintenant d’un système de soutien composé de mes pairs, qui m’aident à en reconnaître les signes lorsqu’ils se présentent, et qui m’encouragent et m’accompagnent afin de me remettre sur la bonne voie, vers le mieux-être.

La façon dont cela se manifeste pour moi est peut-être bien différente de la vôtre, mais vous vous devez, et vous le devez aussi à votre famille, de comprendre ce qui en est. Vous comptez pour tant de gens, et vous n’êtes pas en mesure d’aider votre conjoint ou vos enfants si vous êtes épuisé. Enfin, comme on dit, « vous devez d’abord mettre votre propre masque à oxygène avant de pouvoir aider les autres ».

Je suis ici pour vous dire qu’il y a toujours de l’espoir, aussi mince puisse-t-il vous paraître. Je vous vois, je suis vous. Tendez la main : toute une communauté s’offre à vous pour vous aider à mieux vous y retrouver dans le monde du TSPT.

Polly Mahert
Responsable, expertise et expérience vécue
Institut Atlas

Avertissement:

Ce billet de blogue fait référence à des sentiments douloureux et à une tentative de suicide. Un tel contenu peut susciter un éventail d’émotions. Nous vous encourageons à vous soucier de votre sécurité et de votre bien-être. Si vous avez besoin d’aide, veuillez vous référer aux ressources présentées dans le lien ci-dessous :

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