Guide sur les préjudices moraux : soutenir les travailleurs de la santé pendant la pandémie de COVID-19

Le Centre d’excellence sur le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et les états de santé mentale connexes du Royal et le Centre de santé mentale post-traumatique Phoenix Australia ont récemment publié un Guide sur les blessures moralesainsi qu’un microsite Web d’accompagnement. Ces ressources traitent de l’un des besoins les plus courants et urgents des travailleurs de la santé pendant la pandémie de COVID-19 : les préjudices moraux.

Le terme « préjudice moral » (ou « blessure morale ») désigne les répercussions des expériences difficiles qui vont à l’encontre des croyances ou valeurs morales profondes d’une personne. De telles expériences peuvent entraîner des effets durables, soit des blessures psychologiques et émotionnelles.

Le couvert pour le Guide sur les blessures morales

Le Guide sur les blessures morales se veut une ressource pratique pour les organisations, équipes et travailleurs de la santé. L’objectif est d’offrir un cadre de soutien opportun aux personnes qui risquent leur vie au quotidien.

« C’est un appel à l’action pour les milieux de travail. Si nous voulons adopter l’approche néo-zélandaise pour mettre fin à cette tendance croissante, c’est le moment de le faire et de faire preuve d’un véritable leadership au Canada afin de soutenir les travailleurs de la santé et de limiter les cas de TSPT et les préjudices moraux », explique le Dr Patrick Smith, directeur général du Centre d’excellence sur le TSPT.

Bien que le concept de « préjudice moral » semble nouveau dans le domaine des soins de santé, il a été étudié dans le domaine militaire, explique Fardous Hosseiny, vice-président de la recherche et des politiques au Centre d’excellence sur le TSPT.

« Il existe déjà une vaste documentation sur ce sujet, mais nous découvrons maintenant que différentes populations, ou toute personne pouvant ressentir une sorte de dilemme moral, présentent un risque de subir un préjudice moral si elles sont confrontées à de tels dilemmes de manière constante », précise-t-il. « Il est important de noter que différentes populations, différentes cohortes, sont maintenant également touchées par ce problème. »

Les préjudices moraux peuvent affecter tout le monde. Le Dr Smith cite les exemples d’un travailleur en soins de longue durée qui ne peut pas admettre de visiteurs dans son foyer; d’une travailleuse sociale qui tient le téléphone pendant que des patients font leurs derniers adieux à leur famille; et d’un administrateur d’hôpital qui doit approuver le redéploiement de personnel infirmier vers des centres qui connaissent des épidémies de COVID-19, en sachant à quels risques ces personnes seront exposées.

Les préjudices moraux peuvent également survenir lorsqu’une personne se sent trahie dans une situation où les enjeux sont élevés ou lorsqu’elle est témoin de comportements qu’elle estime moralement répréhensibles.

« Nous vivons une période inédite et remplie de défis », déclare le Dr Smith. « Les personnes qui ont été formées pour servir les autres n’ont pas été préparées à vivre ce genre de situation ». Le Dr Smith, qui était vice-président d’un grand hôpital de Toronto pendant la crise du SRAS, se rappelle avoir distribué des masques N95 et contrôlé les températures des membres de son personnel à l’entrée de l’établissement. « Ce n’était pas du tout comme ce que nous vivons. Parfois, le fait même de reconnaître cela peut nous aider. En apportant aux gens le soutien dont ils ont besoin maintenant – pendant qu’ils traversent cette épreuve – nous pouvons réellement les aider à se sentir entendus, en sécurité, protégés et, espérons-le, soutenus. »

M. Hosseiny ajoute que les personnes de couleur qui travaillent dans le secteur de la santé sont confrontées à un stress moral accru. Il élabore actuellement un document complémentaire qui sera bientôt publié et proposera des recommandations spécifiques à ce sujet.

« La pandémie de COVID-19 a touché de manière disproportionnée les communautés marginalisées. Elles se reconnaissent dans les personnes qui viennent à l’hôpital. Elles s’identifient à leurs patients, qui peuvent leur rappeler leurs proches… Les personnes marginalisées et les gens de couleur sont confrontées à des défis d’autant plus importants », explique M. Hosseiny.

Il n’existe pas d’« échelle » universellement acceptée pour mesurer le risque de préjudice moral d’une personne, toutefois M. Hosseiny entreprend actuellement une étude de recherche dans ce domaine avec des travailleurs de la santé.

« Tout au long de la pandémie de COVID-19, les travailleurs de la santé ont dû relever le défi de continuer à fournir des soins de grande qualité avec un profond dévouement, tout en s’adaptant à une situation en constante évolution et en veillant à la sécurité de leurs patients, de leurs proches, ainsi qu’à leur propre sécurité », déclare Joanne Bezzubetz, présidente et chef de la direction du Royal. « Ce stress peut avoir de profondes répercussions sur la santé mentale. Le Guide sur les blessures morales conçu par le Centre d’excellence sur le TSPT fournit des informations tirées de l’expérience des militaires et des anciens combattants pour aider les gens et les organismes à favoriser le mieux-être des travailleurs de la santé aujourd’hui, afin d’éviter un afflux de problèmes de santé mentale à l’avenir. J’encourage les responsables des soins de santé du monde entier à lire ce document important et à agir en conséquence. »

Le Dr Smith souligne qu’il est essentiel d’intervenir et d’offrir un soutien au personnel de la santé pour éviter les conséquences les plus graves.

« Nous savons que nous pouvons faire beaucoup de choses pour les soutenir et éviter une vague de TSPT et de préjudices moraux. Franchement, si nous nous contentons d’attendre et de surveiller la situation, nous n’arriverons jamais à traiter tous les problèmes qui en découleront après coup, nous ne nous en sortirons pas. »

Consultez le Guide sur les préjudices moraux et le microsite Web au lien suivant : blessuremorale.ca.

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