- 8 avril 2026
- Blogue
Apprendre à respirer : ma guérison en tant qu’enfant de militaire
Le Mois des enfants de militaires marque ma deuxième année de travail à l’Institut Atlas, et je me demande souvent si j’ai fait plus pour me guérir moi-même pendant cette période que pour la communauté.
Lorsque je me suis jointe à l’équipe, j’ai discuté avec l’équipe « Expertise vécue » au sujet de l’hypervigilance et de ses incidences sur les membres de la famille. On m’a demandé ce que l’hypervigilance signifiait pour moi. Je ne m’attendais pas à ce qu’une question aussi simple m’affecte autant. Je n’avais jamais songé à cela. Ce n’est que récemment que j’ai pris conscience des effets de l’hypervigilance sur mon père, un vétéran des Forces armées canadiennes (FAC) ayant servi pendant 20 ans et atteint de trouble de stress post-traumatique (TSPT), et de l’incidence que cela a eue sur lui en tant que parent. Cela me semblait égoïste de croire que cela pouvait m’affecter.
J’ai grandi en apprenant à être hypervigilante, mais sans comprendre pourquoi. J’ai appris à être anxieuse, à imiter mon père, mais aussi à me réfugier dos au mur, dans la « sécurité » de ma maison afin de pouvoir l’observer. Étant la cible de sa colère, c’est ainsi que je me protégeais. Je n’ai jamais eu d’endroit sûr où je pouvais baisser ma garde. J’étais constamment sur le qui-vive.
Lorsque j’ai commencé à travailler chez Atlas, j’en ai appris davantage sur l’hypervigilance et les effets du TSPT chez les vétérans, et je me suis rendu compte à quel point je me reconnaissais dans cette situation. Par exemple, je me présente tôt à des événements pour me familiariser avec les lieux, lorsque je suis au cinéma, j’observe les gens plus que je ne regarde le film et j’ai du mal à « vivre le moment présent ». J’effectue constamment des analyses de risque dans chaque situation.
Pour mon mari, qui est un membre actif des FAC depuis 22 ans, cela peut être agaçant. Il ne comprend pas comment j’ai pu vivre un traumatisme comme si j’étais un soldat moi-même, et comme lui l’a vécu. Mais j’apprends maintenant que, dès mon plus jeune âge, j’ai absorbé les émotions liées au traumatisme de mon père… et que, plus tard, cela est devenu mon propre traumatisme. J’ai appris à me comporter de manière à me protéger de lui et de son trouble de stress post-traumatique.
Il m’a suffi de sept semaines à Atlas pour faire cette prise de conscience et me confronter à ces souvenirs que j’avais enfouis au plus profond de moi depuis des années. Heureusement, mon travail m’a donné l’occasion d’écouter, d’apprendre et d’évoluer dans un espace sécurisant, grâce à d’autres enfants de militaires devenus adultes qui ont partagé avec moi leurs propres histoires, avec vulnérabilité et courage. J’ai aussi compris que je ne suis pas seule. À mesure que j’apprends et que j’évolue, mon père évolue aussi. L’empathie et la compréhension nous ont permis à tous deux de guérir, et j’en suis infiniment reconnaissante.
Dans le cadre de mon travail, j’ai une occasion unique de réfléchir à ces expériences vécues. J’écris des campagnes qui me tiennent particulièrement à cœur, comme durant le Mois des enfants de militaires et la Semaine de la santé mentale, et je suis honorée de faire partie de l’équipe de travail principale qui organise le Sommet annuel pour les familles de vétérans. Je me surprends souvent à écrire pour les personnes que je connais et que j’aime, y compris mes propres enfants qui ont vécu de multiples séparations d’avec leur père en raison de son service militaire, ou pour mon propre père. Je crois qu’il est important de témoigner notre reconnaissance envers ceux qui font tant de sacrifices au service de leur pays, et je me demande ce qu’aurait été notre vie si nous avions eu accès à ces ressources quand j’étais enfant.
Le Mois des enfants de militaires me rappelle que l’incidence du service ne se limite pas à la personne qui porte l’uniforme –tranquillement, le service s’insinue dans les maisons, les relations et les enfants qui apprennent à s’adapter bien avant d’en comprendre les raisons. Travailler pour l’Institut Atlas m’a permis de trouver les mots que je cherchais pour exprimer les expériences que j’ai vécues autrefois sans les remettre en question, et de créer un espace pour les accueillir sans culpabilité ni comparaison.
Pouvoir rendre la pareille à cette communauté – à mon père, à mon mari, à mes enfants et à d’autres enfants de militaires qui apprennent encore à vivre dans ce contexte– a été profondément enrichissant. Si une simple question a pu m’ouvrir la porte de la guérison, je ne peux qu’espérer que notre travail aidera d’autres personnes à se sentir comprises plus tôt que je ne l’ai été. Parce que lorsque nous pouvons nommer ces expériences et les accepter, nous ne faisons pas que grandir, nous guérissons.
— Meg McLean
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