- 2026-01-14
- Blogue
Lorsque « simplement survivre » n’est plus suffisant
J’ai servi dans les Forces armées canadiennes (FAC) pendant 35 ans. Au cours de la majeure partie de cette période, je n’ai pas remis en question ni mon identité ni mes actions. Servir m’a donné une structure, un but et une identité. Toutefois, lorsque j’ai pris ma retraite en 2017, j’ai appris très rapidement que quitter les forces armées ne signifie pas que ces dernières nous quittent aussi.
En novembre 2018, j’ai reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT) grave. Je soupçonnais déjà que quelque chose n’allait pas. Un jour, à la maison, un couteau est tombé du comptoir sur une surface en céramique. Le son a déclenché une réaction intense dans mon système nerveux. À ce moment-là, tout a changé. J’ai compris que je ne réagissais pas à ce qui venait de se passer dans le présent, mais plutôt aux événements du passé.
Un psychologue m’a dit que j’allais devoir apprendre à vivre avec le TSPT. J’ai rejeté cette affirmation. Je ne l’ai pas rejetée parce que je ne respectais pas sa profession, mais plutôt parce que son approche ne fonctionnait pas pour moi. Elle était trop médicale, trop complexe. Mon cerveau ne pouvait pas la traiter. J’avais l’impression de ne pas progresser assez rapidement. Je me suis dit qu’il devait y avoir une autre façon de faire.
À mon point le plus bas, je fonctionnais à peine. Je ne pouvais pas sortir le soir. J’étais exténué et dépassé. En 2002, avant mon diagnostic de TSPT, j’avais vécu un épuisement professionnel. Avec le recul, mon épuisement a été l’une des meilleures choses qui me soient jamais arrivées. Cette expérience m’a forcé à cesser de fuir mes pensées et m’a aidé à rester en vie.
J’ai commencé à me renseigner sur le cerveau, la neuroplasticité et la façon dont nos pensées créent notre réalité. J’ai commencé à comprendre que mon cerveau dirigeait ma vie, mais cela ne signifiait pas que la situation devait rester ainsi. Mon cerveau est complexe, mais c’est tout de même un système. Ce que vous y mettez a une incidence sur ce qui en sort.
J’ai entrepris une formation pour devenir mentor spécialisé en neurosciences et j’ai appris des choses que personne ne m’avait expliquées auparavant, comme ce qu’est réellement une émotion. Les forces armées nous entraînent à nous déconnecter des émotions, parce qu’il est nécessaire de le faire dans certaines situations. Mais la déconnexion totale n’est pas saine non plus. Il n’est également pas sain d’être complètement submergé par les émotions. Il est essentiel de trouver le juste équilibre.
Le TSPT n’est pas seulement attribuable à mon service. J’ai vécu de la violence physique et sexuelle, des relations toxiques ainsi que de l’intimidation. Je suis resté en colère longtemps. Je rejetais la faute sur tout le monde. Cependant, continuer de vivre dans cette énergie ne nous a pas aidés, ni moi ni ma famille. J’ai compris que, même si je ne pouvais pas choisir ce qui m’était arrivé, je pouvais choisir la façon dont je réagis et avance.
J’ai dû prendre la responsabilité de ma propre guérison. Personne ne m’a forcé à me joindre aux forces armées. Personne ne m’a forcé à signer un contrat avec une clause de responsabilité illimitée, ce qui signifie que je ne pouvais pas refuser d’aller au travail ou de suivre certains ordres, même si je n’étais pas d’accord. Quand j’ai commencé à modifier ma façon de penser, tout a changé.
Je ne voulais pas seulement survivre. Je voulais vraiment vivre à nouveau.
J’ai commencé à littéralement parler à mon cerveau. Lorsque j’entendais un bruit à l’extérieur, au lieu de courir ou de paniquer, je respirais et me rappelais que j’étais en sécurité et que ma famille l’était aussi. Au début, je devais quand même le vérifier physiquement pour m’en assurer. Au fil du temps, je me suis forcé à arrêter. C’était difficile. J’ai pleuré. J’ai crié. J’ai ressenti des émotions très sombres. J’ai même essayé de mettre fin à mes jours parce que la douleur était trop intense.
Cependant, lentement, les choses ont changé.
Avec le temps, j’ai pu commencer à laisser aller certains des symptômes de mon TSPT. Ça ne signifie pas que les événements du passé ont disparu ou ne se sont pas produits. Ça signifie plutôt que ces événements n’ont plus de contrôle sur moi.
Aujourd’hui, je ne me fâche plus comme avant. Parfois, j’en ressens presque de la frustration. J’essaie de me sentir en colère et, en général, je n’y arrive pas. Je sors, je magasine, je vis. Je lutte contre mes pensées quand j’en ai besoin, et je me repose quand mon cerveau est fatigué.
Mes enfants sont maintenant des adolescents. Ils réussissent bien à l’école, excellent dans le sport et communiquent ouvertement avec moi. Je les laisse pleurer. Je les encourage à ressentir leurs émotions. Je veux qu’ils sachent que les émotions ne sont pas une faiblesse; elles font partie de l’être humain.
Aider les autres est ma raison d’être maintenant. Je dirige un groupe de rencontres sur le TSPT. Je participe à des initiatives de soutien par les pairs. J’ai suivi une formation en premiers soins en santé mentale pour les vétérans et assisté à des conférences sur le TSPT. Lorsque j’étais à mon plus bas, je ne savais pas que je pouvais recevoir de l’aide. Maintenant, je crois qu’il est de ma responsabilité de veiller à ce que les autres sachent qu’ils ne sont pas seuls.
Je suis libre. C’est un processus. Mais il en vaut la peine.
— Dany
Adjudant (à la retraite) Dany Ouellet
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