- 2025-12-10
- Blogue
Trouver le bonheur au cœur du chaos — la perspective d’une conjointe face au trouble de stress post-traumatique
Croyez-vous aux contes de fées?
Moi, oui. En fait, je vis le mien chaque jour. On y retrouve tous les ingrédients : une demoiselle en détresse, un prince charmant… et, bien sûr, un vilain.
Si on remonte tout au début, de notre histoire, on pourrait y cocher tous les clichés classiques : le coup de foudre… mais au mauvais moment, puis, un appel inespéré, un an plus tard où tout a commencé.
Dès notre deuxième rendez-vous, JE SAVAIS. D’une façon ou d’une autre, il avait vu à travers mon masque du « tout va bien » et compris que je tenais qu’à un fil. Je savais que je pouvais m’appuyer sur lui, lui faire confiance et être moi-même. Il m’a donné le courage de voir la tempête dans laquelle j’étais : en plein burn-out et à deux doigts de la dépression — et de savoir que c’était correct.
Aujourd’hui, j’écris ces mots en repensant à nos 20 ans d’histoire
On a vraiment vécu le conte de fées militaire. Peu importe, où on était affectés, tant qu’on était « ensemble », ou du moins, qu’on partageait la même adresse! On a dû reporter notre mariage quatre fois pour s’ajuster aux affectations, aux déploiements et aux tasking. Et quand il a enfin eu lieu, c’était parfait. Notre petit garçon de deux ans portait les alliances.
À chaque nouvelle mutation, on apprenait à tisser les hauts et les bas de la vie militaire dans le fil de notre histoire. Pas toujours facile, mais c’était notre histoire et elle était parfaite comme ça.
C’est à son retour d’une mission dans un pays lointain que le vilain a fait son entrée.
Désolé… pas de gros méchant loup ni de sorcière maléfique… mais il y avait quelque chose de sombre et d’invisible. Au début, c’était comme une bête qui rôdait dans l’ombre, prête à prendre le contrôle de son esprit et de son corps. Avec le temps, c’était plutôt comme si un sort avait été jeté sur lui — la bête avait pris le contrôle, le gardant prisonnier de lui-même.
Je savais qu’il était encore là, car parfois, dans un regard, un geste, ou même le ton de sa voix, j’apercevais des fragments du prince charmant dont j’étais tombée amoureuse. Comme si, l’espace d’un instant, le sort se brisait. Je devais l’aider à briser le sort. C’était à mon tour de le supporter le temps qu’il retrouve son chemin.
Il nous a fallu quatre années avant de comprendre et connaître le nom de la bête : trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Le plus difficile? C’est que la bête restait invisible à notre entourage.
Et soyons clairs : invisible ne veut pas dire imaginaire. La souffrance et la douleur — tout ça est bien réel. Le TSPT peut jeter une grande ombre, qui finit souvent par engloutir les proches aussi. Il isole, il fait taire, il épuise, il repousse.
Et c’est là que les doutes ont commencé. Est-ce que j’arriverais à briser le sort?
Eh bien, surprise : ce n’était pas à moi de le faire… c’était à nous deux.
On a compris que vivre un vrai conte de fées, ce n’est pas à propos du « ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ». C’était de se choisir et se retrouver encore et encore, à travers les tempêtes. De combattre ensemble la bête. Et d’apprendre à trouver du bonheur, non pas après la tempête et le chaos, mais au cœur même de ceux-ci.
Ça fait maintenant plus de quinze ans qu’on vit avec le vilain dans notre histoire.
Si je suis honnête : il y a eu des moments où j’étais prête à écrire « LA FIN » et passer à un autre livre. Mais ensuite, il y a eu ces moments qui m’ont rappelé, et qui nous ont rappelé, qu’il restait encore quelque chose de beau à sauver. Alors, on a fait un pacte : continuer à vivre notre conte de fées, à notre façon, tant qu’on affronte la bête ensemble. Parce qu’ensemble, on est plus forts.
Oui, je sais, c’est tellement cliché. Mais c’est vrai.
Le chapitre sombre
Il y a un chapitre sombre que je n’ai pas encore partagé. Comme celui où, à force d’essayer de le sauver, j’ai complètement perdu mon propre chemin. Je croyais que si j’aimais plus fort, si je tenais plus serré, je pourrais briser le sort moi-même.
Il m’a fallu quelques années pour comprendre qu’on ne peut pas verser d’une tasse vide.
Aider quelqu’un ne veut pas dire s’oublier soi-même.
S’il y a une chose à retenir, c’est : vous n’êtes pas seul·e.
Allez chercher de l’aide et des conseils. Et mon Dieu, il existe tellement de ressources pour les vétérans et leurs familles, y compris certaines qui ont contribué à garder notre conte de fées bien vivant. Vous trouverez une liste de ces ressources à la fin de ce blogue.
On vient de terminer notre troisième ronde de thérapie de couple. Et nous en aurons probablement besoin d’autres à l’avenir. Le plus drôle dans tout ça, c’est que nous nous considérions comme le couple le plus «dysfonctionnel du monde, mais nous avons réalisé que nous étions des véritables rocks stars de la communication et de la confiance. Justement à cause de toutes les tempêtes qu’on a traversées et qu’on va traverser.
Alors, la morale de notre histoire? Ce n’était pas à moi de briser le sort. C’était à nous.
Et c’est à cela que ressemble l’amour… se choisir l’un l’autre, encore et encore.
Parce que le « ils vécurent heureux » peut exister, même quand le TSPT fait partie de ton histoire.
— Ariane
Vous êtes un vétéran ou un membre de sa famille et vous avez une histoire à raconter? Prenez contact avec nous et vous pourriez figurer sur ce blog!











