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La première étape : Accepter ma blessure

Comme beaucoup d’enfants de mon âge, j’ai grandi en écoutant les histoires de mes grands-pères au sujet de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont tous deux servi, l’un dans l’armée canadienne et l’autre dans l’armée royale. L’un a débarqué en Normandie et l’autre a servi en Égypte. Je savais ce que je voulais et je connaissais les risques lorsque je me suis enrôlé dans l’armée, et au moment où je me suis porté volontaire pour combattre en Afghanistan, j’avais déjà été déployé en Bosnie comme soldat de la paix. Je savais que je risquais de ne pas rentrer chez moi ou de rentrer blessé. Mais le vivre était tout autre chose.

Nous avons tous accepté le risque, nous en avons discuté, nous avons lu les rapports provenant de Kandahar, nous avons suivi une formation sur les premiers soins au combat, les blessures par balle et les amputations, et même sur les blessures de stress opérationnel. En toute conscience, je savais à quoi m’attendre et je connaissais les risques. Malgré tout, j’ai eu du mal à l’accepter quand cela m’est arrivé. Avant même de rentrer chez moi, je savais que quelque chose n’allait pas. Je n’arrivais pas à dormir et j’ai dû consulter des médecins pour avoir des somnifères. Je n’arrivais pas à faire taire le bruit du champ de bataille : les véhicules aériens sans pilote (UAV) qui survolaient la zone, les fusillades lointaines, les tirs d’artillerie au milieu de la nuit. À notre retour, le bruit avait changé, mais il était tout aussi insupportable. Je voyais tout le monde autour de moi comme une menace. Je me suis réfugié dans l’alcool et j’y suis resté pendant 18 mois. Je savais que c’était mal, mais j’avais tellement besoin de calme que je m’en fichais. Je souffrais d’hypervigilance; mon esprit ne pouvait accepter que je ne sois plus en danger.

Au cours des années suivantes, mon état s’est amélioré, puis aggravé, puis amélioré, puis considérablement aggravé. J’étais en colère et je pouvais la sentir monter en moi de façon incontrôlable. Les bruits quotidiens de la vie, les aboiements des chiens, les cris des enfants, la circulation, les sirènes, tout cela me transperçait comme un couteau brûlant. Très vite, j’ai commencé à avoir des crises de panique. La première fois, j’ai cru que j’avais une crise cardiaque. C’était aussi la première fois que je faisais appel à quelqu’un pour avoir de l’aide. J’ai appelé le Programme d’aide aux membres des Forces armées canadiennes (PAMFC) et j’ai parlé à quelqu’un qui m’a dit que je faisais une crise de panique et que je devais me rendre à la SEM, la salle d’examen médical, le lendemain matin. Malgré les symptômes évidents que je présentais et qui m’avaient valu d’être interpellé, j’avais encore du mal à accepter ma blessure. Je m’étais convaincu que j’étais simplement stressé, qu’il s’agissait d’une réaction passagère qui disparaîtrait.

Peu de temps après, les médecins de la SEM m’ont dit que j’allais recevoir un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT), de trouble dépressif caractérisé (TDC) et de trouble panique, mais je n’étais toujours pas prêt à l’accepter. Je n’ai pu accepter que partiellement ce qu’on me disait. Je ressentais les symptômes, j’entendais ma femme me dire d’aller chercher de l’aide, cela affectait mon travail, je perdais des amis. J’étais constamment en colère, j’étais généralement ivre. Je savais que je dépassais les bornes, mais j’étais convaincu que ce n’était pas aussi grave qu’on me le disait. Je croyais que je pouvais m’améliorer par ma seule volonté, alors même si je suivais une thérapie, je ne la prenais pas au sérieux et je ne bénéficiais pas du meilleur de la SEM parce que je ne m’aidais pas. Même quand on m’a dit que je serais libérée pour raisons médicales, je ne les ai pas crus.

Je ne pouvais tout simplement pas accepter que ce problème échappait à mon contrôle. Je ne pouvais pas accepter d’être blessé — je ne souffrais pas autant que d’autres qui souffraient plus que moi et je n’étais pas blessé physiquement, alors de quoi pouvais-je me plaindre? J’étais simplement faible. Je ne faisais pas assez d’efforts pour garder le contrôle. Je suis faible. Mon incapacité à mieux me contrôler m’a finalement conduit à avoir des pensées suicidaires et à faire des tentatives de suicide. Mon état empirait, je sombrais dans une spirale négative et j’entraînais avec moi les personnes que j’aimais, car je ne prenais pas ma blessure au sérieux. Je suis devenu colérique et suicidaire devant ma famille, ce qui leur a causé un traumatisme.

Malheureusement, il m’a fallu accepter ce que j’avais fait à ma famille pour accepter ma blessure. Cela n’a pas été facile. Il m’a fallu beaucoup de temps pour accepter ce que je leur avais fait et encore plus pour accepter que c’était la blessure que je refusais d’admettre qui en était la cause. Mais ce n’était que le début. Accepter n’était que la première étape et, comme je l’ai appris par la suite, la première d’une longue série. Je devais commencer le traitement, mais maintenant que j’avais accepté que j’étais bel et bien blessé, j’étais tout à fait ouvert au traitement et au processus, et cela a fonctionné. Je devais m’asseoir et écouter ma femme me détailler le mal que j’avais causé, mais j’étais désormais prêt à l’entendre et à en assumer la responsabilité. Et en assumant la responsabilité du mal que j’avais causé, j’ai pu commencer à réparer notre mariage et notre famille.

Le traitement n’a fonctionné pour moi que parce que j’ai finalement été capable d’accepter que j’en avais besoin. Je n’ai pu commencer à réparer les dommages causés à ma famille et à sauver mon mariage que parce que j’ai été capable d’accepter ma responsabilité. Accepter ma blessure et ma responsabilité pour les dommages que j’ai causés à la maison et au travail n’était pas tout, c’était la première étape, une première étape cruciale. Cela m’a ouvert la voie à davantage de croissance, d’acceptation, de guérison et d’amour. Quand j’y repense, c’est à ce moment-là que tout a changé. Et quand je repense à ceux que j’ai eu la chance d’aider en cours de route, je crois que c’était l’étincelle pour beaucoup d’autres vétérans. En racontant mon histoire au fil des ans, j’ai pu établir des liens avec d’autres vétérans, montrer qu’ils ne sont pas seuls et les aider à faire leur premier pas. Même si cela semble cliché, la première étape est toujours l’acceptation.

— Christopher

Sergent (à la retraite) Christopher Banks, CD
Vétéran et défenseur
The Service Standard

Ressources additionnelles

Balado L’esprit au-delà de la mission : Épisode 20 : Hypervigilance : La pression cachée sur les familles de vétérans

Blogue Perspectives : Créer un monde meilleur par la communication — Le point de vue d’une épouse ou d’un conjoint vétéran sur l’hypervigilance

Soutien par les pairs et blessures de stress post-traumatique : Ressource fournissant de l’information sur ce qu’est le soutien par les pairs, à quoi il ressemble, à quoi s’attendre, comment il peut être utile, ainsi que des éléments clés à prendre en compte lors de l’accès au soutien par les pairs.

TSPT et certaines options de traitement : La page Web de l’Institut Atlas donne un aperçu des causes et des symptômes du TSPT ainsi que quelques options de traitement.

Témoignages de vétérans et de leur famille : Visionnez des histoires numériques créées par les vétérans des Forces armées canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les membres de leur famille de partout au Canada, et racontées dans leurs propres mots.

Ce qu’ils voient : Une collection d’histoires, de vidéos et de clips audio de vétérans et de familles des Forces canadiennes et de la GRC.

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