23 avril 2026 00:36:24 Épisode 37
Épisode 37 : L’éléphant dans la pièce : comment le TSPT peut-il affecter les vétérans et leurs familles?
Dans cet épisode de L’esprit au-delà de la mission, les animateurs Brian et Laryssa ont une conversation franche et personnelle sur le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et ses répercussions particulières chez les vétérans et leurs familles.
Ils expliquent comment le TSPT est souvent « l’éléphant dans la pièce » pour les vétérans et leurs proches, soulignant la stigmatisation qui peut accompagner le diagnostic et le recours à un traitement.
Brian partage son expérience personnelle de l’acceptation de son diagnostic de TSPT, y compris les défis liés au fait de parler ouvertement de santé mentale et aux répercussions potentielles sur sa carrière. Les deux animateurs réfléchissent au parcours qui mène de la blessure à l’acceptation, aux émotions complexes qui l’accompagnent et à la réalité selon laquelle les membres de la famille sont également affectés et ont besoin d’un soutien qui leur est propre.
Thèmes clés
- Les idées reçues et la stigmatisation courantes entourant le TSPT au sein de la communauté des vétérans
- L’importance et la difficulté de révéler un diagnostic de TSPT à sa famille, ainsi que les répercussions sur les proches et les amis
- Les défis liés à la recherche et à la mise en place d’un traitement, notamment la compréhension de la culture et de la vie militaires par les professionnels de la santé
- Le mythe du « simple rétablissement » et la nature continue de la gestion de la santé mentale et du bien-être
- Stratégies pour avoir des conversations adaptées à l’âge des enfants
- L’acceptation de ses limites personnelles et la croissance post-traumatique
- L’évolution des attitudes envers la santé mentale au sein des Forces armées canadiennes (FAC)
Ressources
- Le TSPT et certaines options de traitement : la page web de l’Institut Atlas offre un aperçu des causes, des symptômes et de certaines options thérapeutiques pour gérer un diagnostic de TSPT.
- Pour les familles : subvenir à ses propres besoins lorsqu’un être cher est aux prises avec une blessure de stress post-traumatique
- Ressources pour les familles et les amis : comprend des informations sur les signes et symptômes des troubles de stress post-traumatique, leurs répercussions potentielles sur les familles et des stratégies d’adaptation
- Personnel de la sécurité publique (PSP) et blessures de stress post-traumatique : Vidéos, fiches d’information et autres ressources destinées au PSP, aux militaires en service et à la retraite ainsi qu’à leurs familles.
- Ce qu’ils voient : Une collection d’histoires vécues, de vidéos et d’extraits audio provenant de vétérans et de familles des Forces armées canadiennes (FAC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
- La prise en charge psychiatrique du TSPT : Un webinaire destiné aux vétérans et à leurs familles (en anglais seulement)
- Histoires de vétérans et de familles : découvrez des histoires numériques de vétérans des Forces armées canadiennes (FAC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ainsi que de membres de leur famille, racontés dans leurs propres mots.
- TrousseMentale : TrousseMentale est une plateforme au sujet de la santé mentale destinée aux enfants de militaires, qui leur permet de s’informer sur la santé mentale et les blessures de stress post-traumatique (BSPT). Elle a été co-créée par Atlas et de jeunes membres de la famille de vétérans canadiens atteints d’un TSPT.
Écouter sur
L’ESPRIT AU-DELÀ DE LA MISSION, ÉPISODE 37 – L’ÉLÉPHANT DANS LA PIÈCE : COMMENT LE TSPT PEUT-IL AFFECTER LES VÉTÉRANS ET LEURS FAMILLES?
Brian McKenna
Vous avez trouvé notre balado. Nous sommes L’esprit au-delà de la mission. Ce balado porte sur les vétérans et leurs familles, et plus particulièrement sur la santé mentale. Ce qui se passe dans nos vies, ce qui se passe dans nos têtes. Nous ne vous parlons pas en tant que médecins ou professionnels. Nous vous parlons de la vie avec cette réalité et de ce à quoi elle ressemble. Brian McKenna, 19 ans dans les Forces canadiennes. Je suis accompagné de ma partenaire, Laryssa Lamrock.
Laryssa Lamrock
Membre de la famille d’un vétéran. Je suis fière d’être une enfant de militaire. Mon mari a servi dans les forces armées, je suis fière d’être une mère de militaire. Nous sommes très enthousiastes à l’idée de ce balado qui permettra d’aborder des questions importantes pour la communauté des vétérans et de leurs familles.
Brian
Rejoignez-nous pour discuter de la santé mentale du point de vue des vétérans et de leurs familles.
[musique]
Bon. Nous revoilà. Un nouvel épisode de « L’esprit au-delà de la mission ». Nous allons parler du TSPT, le gros sujet, le sujet qui brûle. Parfois, quand on est confronté à ce problème majeur, c’est un peu comme l’éléphant dans la pièce. Les gens tournent tout le temps autour du pot. Ce que je constate avec le TSPT, c’est que parfois, je crois, on s’intéresse tellement aux autres aspects de la santé mentale qu’on en oublie de parler de celui-là.
C’est là le cœur du problème. Depuis l’époque du Vietnam, et encore aujourd’hui, on considère que le trouble, la blessure la plus étroitement associée à ce conflit, est le TSPT. Nous pensons le connaître, mais il reste encore tant à apprendre. En particulier pour le patient et son entourage, il y a beaucoup à découvrir.
Laryssa
Je pense que, pour le meilleur ou pour le pire, beaucoup de gens associent les vétérans et les militaires au TSPT à cause de la culture populaire et d’autres facteurs de ce genre. Je pense que c’est quelque chose qui est très souvent associé aux vétérans. Même si, d’après ce que je crois, quelles sont les statistiques, Brian? Seuls environ 20 % des vétérans reçoivent un diagnostic de TSPT?
Brian
Oui. On peut interpréter ce chiffre comme on veut. On pourrait toujours se demander : « Combien d’autres personnes n’ont pas encore signalé leur cas? » En fin de compte, on vous soigne pour votre jambe cassée quand vous venez consulter pour cette blessure. Je crois que lorsque nous avons pris nos fonctions, on nous a notamment fait comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement de TSPT. Nous devons prendre en compte tous ces autres aspects.
C’est vrai, c’est le cas, mais on ne doit jamais oublier que c’est là le cœur du problème. Même si le monde scientifique et universitaire en sait beaucoup sur ce trouble, le patient qui est assis là, devant le médecin qui griffonne sur son ordonnance, se retrouve avec cet acronyme – sans doute un acronyme qu’il aurait préféré ne pas avoir. C’est ce qui lui arrive. C’est désormais ce qui lui est attribué.
Ensuite, tu rentres chez toi et tu en parles à quelqu’un qui compte vraiment pour toi, et voilà que ça leur arrive aussi ; et cette chose, ce mot de quatre lettres que tu essayais tant d’éviter, devient désormais un fardeau que toute la famille doit porter collectivement pour aller de l’avant. C’est un moment assez intimidant. L’une des choses qui m’a le plus marqué, c’est qu’il n’y a pas eu de surprise. Le médecin ne m’a rien dit que je ne savais déjà.
L’une des choses les plus difficiles pour moi a été d’accepter que Brian n’était plus anonyme. Quoi qu’il m’arrive, j’avais un problème au ventre. Personne ne s’en rend compte quand je passe devant eux. Dans notre cas, quand on se retrouve au MIR, la salle d’inspection médicale, dans une base qui n’avait pas de psychologue, le psy venait d’une autre unité tous les mardis.
Ce n’était pas vraiment surprenant que tout le monde fasse la queue mardi pour consulter ce médecin venu d’ailleurs, alors que nous n’étions pas là pour soigner les chevilles, les genoux et les épaules. Tu n’avais pas besoin de te présenter à qui que ce soit en disant : « Oui, je suis l’adjudant McKenna, et je suis atteint du TSPT », mais tous ceux qui passaient par là et te voyaient savaient exactement ce qui se passait. À partir du moment où j’ai décidé de renoncer à l’anonymat et d’accepter que cela finisse par se savoir, je crois que je me suis senti un peu mieux.
Laryssa
Je pense que c’est la première étape. Plusieurs choses m’ont traversé l’esprit pendant que tu parlais. Quand on préparait cet épisode, on discutait justement de ce que tu disais : pour quelqu’un qui nous écoute en ce moment, c’est peut-être son premier jour avec le TSPT, ou son quinzième jour avec le TSPT. Il y a beaucoup de choses qu’il ne sait pas encore, même si je pense que chez les militaires, il y a beaucoup plus de ressources pour que les vétérans s’informent sur le TSPT, ça ne veut pas dire qu’on sait tout.
Pour quelqu’un en ce moment même, c’est son premier jour. Le simple fait que tu discutes avec lui, c’est déjà un premier pas. On voit beaucoup de brochures qui disent : « Étape 2 : demande de l’aide ». Il y a plein d’étapes avant ça. L’une d’elles, c’est probablement de te l’avouer à toi-même. On en a parlé tout à l’heure : ce n’est pas juste dans ta tête, mais il arrive un moment où tu dois le dire à voix haute. Ça doit être vraiment effrayant pour les gens, parce qu’une fois que tu l’as dit à voix haute, tu ne peux plus revenir en arrière.
Brian
Oui, c’est différent quand on le dit à voix haute. Dans ta tête, quand tu te dis honnêtement pour la première fois : « Ce n’est pas comme ça que j’ai l’habitude de me sentir. Ce n’est pas comme ça que j’ai l’habitude de réagir. Ce qui me faisait passer de zéro à dix ne me fait plus que monter à deux. Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe? » Tout ça, c’est un monologue intérieur, et c’est difficile. Même si tu es seul dans la pièce et que tu le dis avec la même voix que celle avec laquelle je te parle en ce moment, c’est différent de l’entendre revenir à tes oreilles.
Et puis, quand tu as vraiment quelqu’un à tes côtés qui compte pour toi – je ne parle pas d’une conversation en passant, mais de quelqu’un qui t’est cher et qui fera partie de ta vie demain et à l’avenir –, quand tu lui parles, tu lui dis : « Écoute, je traverse une période difficile. » C’est ça qu’on ne peut pas remettre dans le tube.
Laryssa
Je pense que la personne à qui tu t’ouvres sait probablement déjà que tu traverses quelque chose, ou alors elle sent qu’il se passe quelque chose, que ce soit avec la personne avec qui tu as servi ou avec beaucoup de membres de ta famille. Je crois que beaucoup de gens se replient sur eux-mêmes et se disent : « Il doit y avoir quelque chose qui cloche chez moi, mais il se passe vraiment quelque chose et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. » La première étape pour que tout le monde arrive à un stade où il peut, je ne sais pas, simplement aller de l’avant dans son bien-être, je suppose qu’on pourrait dire, c’est cette conversation.
Brian
Quand tu es assis et que quelqu’un te dit : « Écoute, je suis atteint du TSPT » , est-ce que ça te soulage un peu? Tu te dis : « On en parle enfin ».
Laryssa
D’après mon expérience personnelle, je dirais que ça a pris vraiment beaucoup de temps. Tu te souviens de cette période-là? Il y avait d’ailleurs une statistique qui montrait que, chez les militaires canadiens, le délai entre le moment où ils subissaient une blessure ou un événement traumatisant et celui où ils recevaient enfin un diagnostic était généralement de huit à dix ans. Tu te souviens de cette statistique?
Je crois que le chemin à parcourir est bien plus court, mais j’étais à l’époque où ces statistiques s’appliquaient. Pendant de nombreuses années, comme je l’ai dit, je savais que quelque chose n’allait pas : ça n’allait pas dans mon mariage, ça n’allait pas chez moi, quelque chose clochait, et je me suis tournée vers moi-même. J’ai en fait rempli plein de questionnaires de dépistage de la dépression. J’ai passé des examens médicaux, toutes sortes de choses, parce que ça devait être Laryssa. À ce stade final, des années plus tard, il y a eu beaucoup d’eau sous les ponts.
Oui, on a ressenti un certain soulagement : « Maintenant qu’on sait de quoi il s’agit, on peut trouver une solution ensemble. » Je dois toutefois avouer qu’il y avait aussi un peu de rancœur. Il y avait aussi de la colère, peut-être un peu de confusion, parce qu’à l’époque, personne n’avait sensibilisé les militaires, et encore moins les familles, au TSPT, au stress opérationnel, à leurs comportements, aux signes à repérer, ni à la manière de les soutenir. Il y avait probablement un véritable déluge d’émotions.
Brian
C’est presque l’heure d’une anecdote de guerre, alors mets-toi à genoux, casque sur la tête. L’un des premiers moments où j’ai pris conscience de tout ça, c’était en rentrant chez moi après avoir passé trop de temps à l’étranger. J’ai dû m’arrêter pour changer un pneu, et c’était un endroit où l’accotement de l’autoroute était très étroit. Ce n’était pas très agréable de devoir tourner le dos au bruit et à la circulation, mais j’ai pris mon mal en patience, j’ai fait le nécessaire, pas de problème.
En fait, ce que j’avais prévu de faire, et ce que j’ai fini par faire, c’est que ma femme m’avait demandé d’apporter cette photo au magasin qui s’occupe de l’encadrement et de tout ça, et de régler le tout. J’y vais, et la vendeuse me pose toutes ces questions, du genre : « Quel type de matelassage voulez-vous? » ou « Est-ce que ça va avec ça? » Je m’attendais à entrer, à pointer du doigt une tête de laitue et à dire : « Je veux une tête de laitue. » Je ne savais pas qu’il fallait prendre des décisions pour faire encadrer une photo. Je n’ai pu répondre à aucune de ses questions.
J’ai rassemblé mes affaires, je suis retourné à la voiture, et là-dedans, j’ai piqué une sacrée crise de rage. Ce que j’ai compris à ce moment-là, c’est que, comme ces deux événements m’étaient arrivés, j’étais parfaitement armé pour gérer ça : un pneu crevé sur le bord de la route, ce qui représentait en fait une menace pour moi. C’était dangereux. J’étais parfaitement préparé pour ça. Mais aucune partie de mon cerveau ne savait comment gérer cette situation, comment régler ce problème. Ça m’a vraiment énervé. Ça m’énerve encore aujourd’hui. La seule chose que j’ai probablement bien gérée, c’est de ne pas avoir eu cette réaction dans le magasin. J’ai rassemblé mes affaires et je suis sorti de là à temps, mais j’étais hors de moi. J’étais frustré. J’étais déçu de moi-même. C’est la tâche la plus simple qui soit, et je savais que j’allais rentrer chez moi auprès de quelqu’un qui s’attendait à ce que cette petite tâche soit faite. Elle s’occupait des trucs des enfants, des choses compliquées. Je m’occupais juste de cette petite chose et je n’arrivais même pas à l’accomplir.
C’était en grande partie ça. Pour moi, c’était comme si je devais admettre que quelque chose avait changé, parce qu’avant, cette photo ne m’aurait pas du tout intéressé. Je m’en fiche toujours aujourd’hui. J’aurais pu répondre à une question sur du 8,5 par 11 ou peu importe ce que c’était. À ce moment-là, je n’étais plus capable de gérer les tâches quotidiennes à la maison, les choses liées à la famille, mais j’étais tout à fait à l’aise dans ce qui aurait dû être un environnement effrayant.
Laryssa
J’essaie juste de comprendre ce que tu as dû ressentir. Ça a dû être assez effrayant, d’une certaine manière, de te rendre compte que tu perdais ton sang-froid à cause d’un cadre, et de te demander : « Mais qu’est-ce qui m’arrive? » Dans cette conversation d’aujourd’hui, l’une des choses que j’aimerais explorer, c’est : qu’est-ce qu’on aurait aimé savoir avant la blessure?
Qu’est-ce que tu aurais aimé qu’on te dise, pas forcément dans la voiture au moment où tu piques une crise, mais une fois que tu t’es calmé, le lendemain? Qu’est-ce que tu aurais aimé qu’on te dise sur ce qui t’attendait?
Brian
Ce qui m’aide vraiment aujourd’hui, c’est que j’ai pu faire la plupart de ce que j’appellerais les « activités quotidiennes de Brian ». Il existe d’ailleurs une évaluation médicale à ce sujet, mais ce n’est pas de ça dont je parle. Je veux dire : qu’est-ce qui me fait sourire? Est-ce que je peux encore jouer dans le groupe de cornemuses? Est-ce que je peux encore assister aux événements scolaires de mes enfants? À l’époque, non, mais aujourd’hui je le peux, avec quelques adaptations.
Je ne cherche pas à donner aux gens une vision trop optimiste du genre : « Tout va s’arranger et tout ira bien. » Ce que j’essaie de faire comprendre aux gens, c’est qu’aujourd’hui… Il y a eu une période de ma vie, huit ans, où j’avais un chien d’assistance, et c’était la seule façon pour moi de sortir de chez moi. Je suis ici avec toi maintenant, ce qui prouve que je peux prendre l’avion aujourd’hui. Je peux me déplacer par moi-même, pas tout le temps, et je dois souvent renoncer à plein de choses.
Pour répondre à ta question : qu’est-ce que j’aurais aimé savoir à l’époque? Je dirais qu’il faut s’adapter, faire des efforts et participer activement aux programmes qui te sont proposés, pas seulement s’y présenter. Ça ne se résume pas à y aller et à respecter les horaires. Il faut y aller et vraiment en tirer les éléments qui peuvent t’aider. Comme ça, tu pourras retrouver beaucoup de ce qui te faisait sourire avant.
Laryssa
Je pense que, enfin, je ne vais pas dire « juste pour les vétérans », parce que j’ai moi-même suivi une thérapie. Se présenter, ça ne suffit pas toujours. Il faut être prêt à affronter des situations assez effrayantes. Ça peut sembler insurmontable. Il faut s’y préparer, mais plus tu t’investis, plus tu as de chances d’en tirer quelque chose et de progresser.
Je pense que ce que je voudrais dire aux gens, c’est que, comme tu l’as dit, il faut faire le travail. Il n’y a pas de solution miracle pour les troubles de santé mentale, qu’il s’agisse de médicaments, de traitements alternatifs ou simplement de thérapie par la parole. Ça demande beaucoup d’efforts. Il faut être prêt à s’investir, je pense, pour soi-même.
Brian
Moi aussi, quand j’ai commencé la thérapie, quand je suis allé voir le médecin pour la première fois, j’étais vraiment frustré parce qu’ils me posaient des questions sur mon enfance et tout ça. Je me disais : « Tu pourrais passer directement à la raison pour laquelle je suis là? » Je suis parti. Il m’est arrivé des choses difficiles. J’ai du mal à m’y faire. J’ai besoin que tu passes directement à ce moment-là pour que je puisse claquer des doigts, régler ça, et retourner au boulot. »
J’ai dû laisser tomber ça. J’ai dû apprendre à laisser tomber ça, parce que c’est un peu comme étudier le mécanisme de la blessure : comment cette personne s’est-elle retrouvée par terre? Il y a plus que ça. Bon, ils sont tombés de cette hauteur. Ce genre de médecin essaie de déterminer qui s’est engagé dans les forces armées quand tu es entré dans son cabinet. Est-ce que c’était quelqu’un qui avait déjà un problème? Est-ce que tu cherchais une équipe? Qui étais-tu à l’époque où tu allais « bien »? À quoi avions-nous affaire à ce moment-là?
Je ne vais pas essayer d’en faire une pathologie plus que ça, mais je dirais qu’il m’a fallu un certain temps pour comprendre que ce médecin va probablement devoir considérer Brian dans sa globalité : le voisin, le père, le papa, le type avec qui on aime passer du temps, et cet aspect de soldat qu’il a en lui. Le médecin doit découvrir tous ces différents aspects de ce type. Je cherchais un bouton d’avance rapide. Juste pour arriver au moment où on parle de ces événements, et ensuite me soigner.
Laryssa
Je pense que, puisque nous parlons de ce qu’on aurait aimé qu’on nous dise, en tant que membre de la famille, j’apprécie l’honnêteté. J’apprécie que les gens soient directs. Ça m’aurait aidé si quelqu’un qui avait déjà vécu ça m’avait dit : « Ça va être sacrément difficile. Si tu ne prends pas soin de toi, tu ne seras plus que l’ombre de toi-même. Ce n’est pas à toi de régler ça. »
Je crois que c’est un peu mon cas : je me demandais si, en aimant suffisamment cette personne, en faisant assez d’efforts, en m’informant suffisamment sur le TSPT, en faisant tout ce qu’il fallait, je pourrais aider cette personne qui m’est chère à s’en sortir. Ça m’aurait peut-être épargné tout ce travail « épuisant » qu’il m’a fallu pour comprendre que c’était à lui de se rétablir et qu’il y avait des choses que je devais régler en moi-même, mais que je ne pouvais pas le guérir.
Brian
Et ça arrive souvent, par exemple quand on parle de nos conjoints et de nos enfants : en fait, on ne connaît pas la réponse à tes questions. Je continue encore aujourd’hui à découvrir des choses qui me dérangent à propos d’événements passés. Je les vois aussi évoluer, comme quand la situation change dans l’actualité, quand il se passe des choses dans le monde. Ça modifie ma façon de voir mon implication dans ce qui s’est passé.
Je ne peux pas répondre à ça tant que ces changements ne se sont pas produits, et je ne peux pas répondre à ça tant que ces prises de conscience ne se sont pas produites. Très souvent, les gens te demandent : « Comment vas-tu? » ou « Comment puis-je t’aider? » Ce sont des questions bien intentionnées, mais on ne sait pas quoi te répondre.
Laryssa
Je crois qu’on le prend mal quand quelqu’un répond : « Je sais pas. Qu’est-ce qui se passe? Je sais pas. » Comment ça, tu sais pas? Je pense que ça peut nous pousser à insister davantage, à nous énerver, et tout ça. Comme tu le dis, c’est possible que tu ne saches vraiment pas. Ça peut être dur.
Brian
Je vais te dire une chose, par contre : en ce qui concerne le TSPT, je suis vraiment reconnaissant de devoir y faire face à l’époque où je le fais. Parce que je me souviens quand on a reçu les premiers discours de la chaîne de commandement sur la santé mentale, mais je me souviens aussi de la façon dont ça a été géré en réalité. C’était du genre : « Dieu merci, cette réunion est finie. Bon, on retourne à nos affaires. »
Les gens étaient mis au ban de la société. C’était pas une partie de plaisir. Je peux te dire que ce n’est pas ce que j’ai dû endurer. Il y a bien sûr eu des moments difficiles. J’ai perdu quelques amis à cause de ça. Je me souviens de ces conversations quand d’autres gars avaient levé la main il y a des années, et qu’on entendait les chuchotements dans l’arrière-salle : « Oh, il fait semblant? Il essaie d’obtenir cette allocation? » Ce genre de choses.
Laryssa
« Traîneur », c’était le mot.
Brian
Tout à fait. C’est ce qui se passait. Je peux te dire que j’ai ensuite entendu d’autres conversations plus tard, alors que les militaires devenaient plus avisés et plus efficaces dans la gestion de la situation. On entendait des gens dire : « Oh, ce type est plutôt courageux de lever la main. »
Laryssa
Ce qui me vient à l’esprit, c’est que je crois qu’il y a eu une période où, pour les militaires, parler de ses problèmes de santé mentale était mal vu. Puis, quand la chaîne de commandement a commencé à s’en occuper, à en parler ouvertement, à aborder la santé mentale et tout ça. Ce que tu décris peut-être aussi, c’est un peu cette tendance à se stigmatiser soi-même.
Brian
Ah oui. De nos jours, on entend plutôt l’autre extrême. Tu entendras certaines personnes dire : « Comment as-tu pu faire tout ça sans que ça te pose problème? » Je vois les choses comme ça : si tu partais six mois en voyage sac au dos en Espagne et que tu passais un super moment, je m’attendrais à ce que tu reviennes changé, que tu aies appris quelque chose, que tu aies de nouvelles perspectives.
Si tu y étais allé, on laisserait tomber l’Espagne et on irait dans un coin de l’univers où tout part en vrille, au point de te faire te demander : « Est-ce qu’on est vraiment des gens bien? Est-ce qu’on sait ce qu’on fait ici? Comment les humains peuvent-ils se faire ça les uns aux autres? » Tu reviendrais avec ces questions en tête. C’est dur de laisser tout ça derrière soi, de rentrer, de siroter ton vin et de reprendre le cours de ta vie.
C’est vraiment pas facile de traverser tout ça. Ce ne sont que des questions. Et puis, en plus, tu ne sais plus comment gérer tes propres émotions. Ça fait beaucoup. Je dirais que les choses s’améliorent et que ce n’est plus une condamnation à mort pour la carrière de quelqu’un. Ça ne veut pas dire que tout le monde peut rester. C’est pas vrai. Il y a plein de gens qui continuent à servir dans les forces armées et qui ont reçu un diagnostic de TSPT. Beaucoup ont tourné la page et continuent à s’investir dans le milieu des vétérans tout en ayant un diagnostic de TSPT. J’ai perdu quelques amis à cause de ça, mais je les aurais probablement perdus de toute façon, d’une manière ou d’une autre. Ça a été un peu difficile à vivre. Tu sais quoi? J’ai besoin d’être entouré de gens positifs. J’ai besoin d’être entouré de gens qui ont abandonné leur façon de penser d’un autre temps, et c’est ce qui a permis que ça arrive.
Laryssa
Peut-être que d’un autre côté, ça t’a permis de te faire des amis?
Brian
J’ai vraiment acquis de l’expérience. On ne se serait jamais rencontrés. On n’aurait jamais travaillé ensemble. Cette organisation n’existerait pas. Je ne sais pas où je serais, mais ce ne serait pas ici. Tout ça est vrai, pas seulement parce que j’ai un problème de santé mentale, mais aussi parce que j’ai osé en parler et agir. Je m’en sortirais très bien sans ce problème, et je m’en accommode très bien.
Laryssa
Exactement. Je pense que c’est un message important. Je vais essayer ça. Qu’aurais-tu aimé savoir sur le traitement?
Brian
J’ai encore du mal avec le traitement. Ce que je veux dire par là, c’est que chaque fois qu’on me propose une nouvelle option, j’hésite. Je vois ça comme ce ragoût qui contiendrait peut-être un ingrédient de trop. Ce que j’aurais aimé savoir sur le traitement, c’est que c’est toi qui prépares le ragoût. Que quand ces médecins te disent : « Tu es en transition ici. Ce n’est plus toi qui reçois des ordres sur la façon dont tu vas faire ça », parce que c’est de la médecine militaire.
Je n’y croyais pas quand les gens me disaient des trucs du genre : « On va accompagner ton parcours de soins ensemble, Brian. Je vais t’expliquer les choses, mais c’est toi qui décides. » Je n’arrivais pas à croire ce qu’ils disaient. J’aurais aimé leur faire davantage confiance, mais je suis content d’avoir été sceptique face à ces différents programmes, car ça m’a poussé à les examiner de plus près.
Laryssa
Bien sûr. Tu étais alors mieux informé pour prendre une décision.
Brian
Oui. C’est comme si j’avais besoin que ce soient les vétérans eux-mêmes qui me disent que ce programme est vraiment axé sur eux. Ce n’est pas un type qui essaie de le vendre au ministère des Vétérans qui doit le qualifier de programme axé sur les vétérans. Ce n’est pas un médecin qui pense avoir fait ses recherches quand ses patients viennent le voir et disent qu’il s’y connaît. Je suis sceptique. Je le suis aujourd’hui, et je veux le rester parce que ça m’a bien servi. J’aurais aimé croire à cette main sur le volant qu’ils m’ont dit que j’avais, parce que je ne les ai pas crus.
Laryssa
Je pense que, de mon point de vue de membre de la famille, ce que j’aurais aimé savoir à l’avance sur le traitement, c’est que ça n’allait pas être la solution, que ton proche ne va pas simplement suivre un traitement en hospitalisation et revenir complètement guéri, que ce n’est pas comme si, en une seule fois, tu allais régler le problème et qu’il ne se poserait plus jamais dans ta vie.
Je sais qu’il y a différentes opinions sur la question de savoir si le TSPT peut être guéri ou non. Je crois que, au début, je me disais : « Je vais suivre un traitement, je vais guérir, et tout reviendra à la normale après le traitement. » C’est quelque chose que j’aurais aimé savoir à propos du traitement : que ce serait un processus long et continu pour nous deux.
Brian
Comme tu as vécu ça dans ta famille, et je parle ici plus précisément du TSPT, qu’est-ce que tu as ressenti au fond de toi quand ton fils est venu te voir et t’a dit : « Maman, je pense m’engager dans les Forces canadiennes »?
Laryssa
Une terreur absolue, suivie ensuite de fierté et d’autres sentiments du même genre. C’est un sujet dont on a déjà parlé. Je pense que pour nous deux, globalement, notre expérience au sein de la communauté militaire – toi qui as servi, moi qui ai soutenu quelqu’un – a été, dans l’ensemble, une expérience vraiment formidable dans nos vies. Bien sûr, quand mon enfant vient me voir et me dit qu’il veut s’engager dans l’armée, je sais que ça peut être une expérience vraiment positive.
Je suis tout à fait consciente des risques que ça comporte, et en tant que parent, ça me fait peur. J’ai eu cette conversation avec mon enfant pour lui dire : « À cause de ça, je sais à quels risques tu t’exposes. » Il m’a répondu : « Maman, parmi toutes les familles, je suis peut-être mieux préparé parce qu’on parle de santé mentale, parce que j’ai soutenu un père et un beau-père qui étaient atteints de TSPT, parce que je connais les ressources à ma disposition, parce que je sais que je dois en parler. »
C’est comme ça qu’il m’a présenté la situation. J’aimerais qu’on en sache assez pour savoir comment protéger les gens, mais on n’en est pas encore là. Il m’a rassuré en me montrant ce qu’il avait mis sur la table : il sait peut-être comment gérer ça si ça devait arriver.
Brian
La vérité que je t’ai déjà dit en personne, c’est que sur ces 19 années de ma vie, s’il y a cinq jours que j’effacerais si je pouvais revenir en arrière pour que tout soit parfait, ce serait ceux-là. Combien de gens peuvent dire qu’ils aimaient ce qu’ils faisaient? C’est l’une des choses que j’essaie d’enseigner aux médecins et aux cliniciens à propos du TSPT chez les vétérans : je ne leur parle pas de maladies. Je leur parle des gens dès que j’en ai l’occasion. Vraiment.
Je veux qu’ils sachent qu’on ne s’est pas fait avoir au centre de recrutement, et que la brochure n’était pas rédigée dans une langue étrangère. On voulait tout ce qui était écrit là-dedans. Plus ça avait l’air difficile, plus on en avait envie. En fait, tu trouves aujourd’hui des gens dont le problème n’est pas ce qui leur est arrivé quand ils étaient parachutistes. C’est qu’ils ne peuvent plus être parachutistes. Ils ne peuvent plus sauter d’un avion. Ils ne peuvent plus faire ce truc génial.
Ils ont peut-être autant de mal à accepter le fait de ne plus pouvoir mener cette vie qu’à accepter ce qui leur est arrivé pendant qu’ils la menaient. Bien sûr, ça varie d’une personne à l’autre. C’est l’une des choses que j’espère aider le milieu médical à comprendre : ne me plains pas, parce qu’on ne s’entendra pas si tu penses que je me suis retrouvé là par hasard parce que je ne trouvais pas d’autre boulot. Il y avait d’autres emplois, j’ai choisi celui-là. Je ne m’en lassais pas. Un vétéran, pas une victime.
C’est un point sur lequel je tiens vraiment à insister. Et puis, pendant qu’on discutait du TSPT, je t’ai dit qu’il fallait accepter que l’anonymat ne marcherait pas vraiment. En tout cas, ça n’allait pas marcher pour Brian. J’ai dû m’y faire. L’autre grande difficulté, c’est : comment expliquer à tes enfants que papa a un problème?
Bon, on a déjà parlé du corps avec les enfants. On a abordé tous ces sujets. Voici le système nerveux central. C’est la machine qui programme le cerveau. Voilà comment fonctionne le corps. Je me souviens leur avoir expliqué un jour : « Les gens montrent leur cœur du doigt, mais moi, je t’aime ici. L’amour, c’est dans le cerveau. Si je prends soin de toi, c’est parce que je sais comment faire. » C’est cette partie de moi qui pose problème.
Comment expliquer, d’une manière adaptée à des enfants de cinq et sept ans, que l’ordinateur interne de papa a un problème? Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Il ne va pas se fâcher contre toi. Il ne va pas s’énerver contre toi, mais il doit s’absenter un moment. Je ne sais toujours pas comment m’y prendre.
Laryssa
Je pense qu’il est difficile d’avoir cette conversation d’adulte à adulte, et comme tu le dis : « Comment expliquer ça à un enfant? » Personnellement, je pense qu’il est important d’avoir cette conversation avec ton enfant. Je pense qu’il existe plusieurs ressources qui peuvent t’aider à savoir comment aborder ce sujet. Ce que j’ai observé au fil de mon expérience dans le soutien par les pairs et dans ma vie personnelle, c’est que même si tu n’en parles pas avec tes enfants, ils sont assez intuitifs et savent très bien ce qui se passe.
Si tu ne leur expliques pas, ils vont se faire leur propre idée, qui pourrait être fausse. Je suppose qu’il faut un avertissement sur le contenu ici, ou sur le langage. Si tu n’expliques pas à ton enfant pourquoi tu te comportes comme un connard, il va simplement penser que tu es un connard. Il pourrait te voir en colère ou en train de piquer une crise. Je pense que la réaction instinctive, pas seulement chez les enfants, mais chez n’importe qui, c’est de se dire : « Ça doit être à cause de quelque chose que j’ai fait. » À moins que tu n’aies cette conversation avec eux, ils vont tirer ces conclusions tout seuls. Je pense vraiment qu’il est important d’avoir cette conversation. Oui, et c’est important de l’avoir à un niveau adapté à leur âge.
Pour revenir à mon sujet, que j’aborde ici aujourd’hui, c’est : qu’est-ce que j’aurais aimé savoir? J’aurais aimé avoir les outils pour m’assurer que j’avais les bonnes conversations avec mes enfants. Je crois que ça nous fait flipper de penser qu’on fait du mal à nos enfants. Personnellement, je me sentais très coupable que mes enfants grandissent dans un foyer marqué par le TSPT. Maintenant qu’ils sont adultes et que j’y repense, je crois que, d’une bien des façons, on a su transformer ça en opportunité.
Une occasion de parler de santé mentale et de reconnaître qu’il s’agit d’un sujet important, une occasion de reconnaître que la colère, c’est en fait tout à fait normal. Tout dépend de ce que tu fais de cette colère. C’est une occasion de se soutenir mutuellement. Je trouve que ce sont des personnes vraiment incroyables, peut-être grâce à l’expérience qu’elles ont acquise en accompagnant quelqu’un qui avait une blessure de santé mentale.
Brian
Je crois que c’est comme ça que je résumerais toute cette expérience du trouble de stress post-traumatique. C’est un peu comme si les gens savaient déjà presque tout à ce sujet. J’ai du mal à y croire, mais admettons qu’ils aient raison. Le type qui vient d’entendre ça aujourd’hui, qui se demande comment le dire à sa femme, comment l’expliquer à ses enfants, lui, il ne sait pas ce qu’il faut savoir.
Peut-être qu’on ne fait pas tant de « découverte », mais on doit certainement faire beaucoup plus de sensibilisation. C’est ça qui m’a posé problème. C’est comme si je ne connaissais toujours pas la réponse. Je travaille dans ce domaine, et si quelqu’un me dit : « Donne-moi les moyens d’expliquer à mon enfant de cinq ans ce qu’est le stress post-traumatique ou la dépendance », j’ai encore du mal à y répondre. C’est ce type-là. C’est lui qu’on doit aider.
Laryssa
Tout à fait. Ça m’intéresse aussi, et tu sais vraiment bien mettre ça en pratique dans beaucoup de nos discussions ici. Quelle est la chose pour laquelle tu es le plus reconnaissant depuis ta blessure?
Brian
Je crois que je suis bien plus conscient de mes limites. Tout ce système d’endoctrinement militaire, c’est exactement ça. C’est de l’endoctrinement. On t’apprend à vivre autrement. Ça fonctionne comme ça : on te brise, on te reconstruit, on te brise, on te reconstruit. À la fin de chaque formation, tu dois te dire que tu es capable de le faire.
Le premier jour, tu devrais te dire que c’est impossible. Au cours des 30 ou 40 prochains jours, on va t’aider à y arriver. Ta vie ne se passe pas comme ça. Tu ne peux pas gérer ta vie comme tu diriges un peloton ou comme tu donnes des cours. Au début, j’ai bien sûr essayé de faire disparaître les choses qui me dérangeaient et de déblayer mon propre monde. Puis, une fois que je me suis ouvert à ma famille, ce sont eux qui ont essayé de faire le déneigement.
Je n’ai pas réussi à faire disparaître ces problèmes. Je suis bien plus conscient maintenant quand j’en suis à un « deux », quand j’en suis à un « six » sur dix, et quand Brian doit s’arrêter parce qu’on arrive au point d’ébullition. Avant, quand j’avais ce problème, je maîtrisais la situation. Mais depuis, les problèmes sont toujours là. Je n’ai plus le contrôle. Maintenant, on est à 10. Ces choses-là me tapent toujours sur les nerfs.
Quand quelqu’un fait ce bruit derrière moi, comme la serveuse aujourd’hui qui n’a pas fait le moindre bruit, s’est approchée et a posé ce sandwich avec un bruit sourd sur la table devant moi, et que j’ai sursauté, c’est comme si je ne pouvais pas l’empêcher de faire ça. Je ne peux pas m’attendre à un monde où les tables n’entendent jamais le bruit de la vaisselle qui s’y pose, ou où les gens ne te rentrent pas dedans. J’ai compris à ce moment-là qu’il n’y aurait peut-être plus de conversations sérieuses pendant les 30 prochaines secondes. Prenons un verre. Reprenons nos esprits. Je me maîtrise mieux quand je commence à m’énerver.
Laryssa
Pour moi, ça va peut-être sembler être une réponse un peu simpliste, mais ça rejoint peut-être la notion de croissance post-traumatique. Je sais que pour certaines personnes qui sont… Par exemple, pour quelqu’un qui nous écoute et qui en est à ses débuts, ça peut paraître vraiment insurmontable quand on dit : « Non, tu t’en sortiras mieux à la fin. » Prends ça avec des pincettes. On comprend bien que ça va être un processus difficile à gérer.
Il y a un potentiel de croissance post-traumatique. Je pense que j’ai su tirer parti de mes expériences en tant que membre de la famille pour continuer à apprendre chaque jour, mais aussi mettre à profit ce que j’ai appris jusqu’à présent pour aider d’autres membres de la famille ; ça m’a donné l’occasion de travailler dans cet environnement. J’ai rencontré des gens incroyables et inspirants. Ça me pousse, comme je l’ai dit, à m’améliorer chaque jour. Même si c’est vraiment dur, j’en suis aussi reconnaissant.
Brian
Quand j’entends l’expression « croissance post-traumatique », j’ai parfois l’impression que les gens essaient de mettre du rouge à lèvres à un cochon, ou de lui trouver un nouveau nom sympa. En fin de compte, quand quelqu’un dit : « Il n’y a pas de D à la fin de ce PTS », c’est comme si on me disait : « Je ne vais pas mieux juste parce que tu changes les mots. » Si pour certaines personnes, le fait de changer les mots représente un progrès, ou si elles pensent que ça permet de mieux l’accepter, tant mieux.
J’ai compris qu’il fallait juste accepter qu’il se passe quelque chose, que j’ai besoin d’aide, et tu peux appeler ça comme tu veux, tu peux raccourcir le mot et ajouter quelques lettres à la fin. Brian, lui, n’a pas changé. Pour moi, c’est comme si je devais accepter que les choses soient différentes. Je ne suis plus fait pour enfoncer des portes. Ma place n’est plus devant un peloton de soldats, à les guider à travers quelque chose, à les regarder dans les yeux et à leur dire « Je suis là pour vous », parce que je sais que ce n’est pas ce que je peux faire en ce moment.
Je sais que je peux aider les soldats d’une manière complètement différente. C’est peut-être ça, la croissance post-traumatique. Pour moi, en tout cas, c’est juste que je peux réorienter ce que j’aime faire, c’est-à-dire aider les soldats. Je ne peux plus le faire par là. Je le fais par ici.
Laryssa
Je trouve ça vraiment incroyable. Merci pour cette conversation franche, Brian. Je pense que c’est important qu’on ait enfin mis l’accent sur le TSPT. J’ai apprécié que ça se fasse à partir de ton point de vue et du mien. Parfois, on adore faire intervenir des experts et des invités, et parfois, c’est sympa de simplement retrousser nos manches et d’avoir une conversation entre nous deux.
Brian
J’ai l’impression que cette discussion revient en quelque sorte à l’essentiel, parce que je m’intéresse beaucoup aux traumatismes cranio-cérébraux. Crois-moi. Je m’intéresse beaucoup à tout ce qui se passe autour, mais on ne doit pas perdre de vue ce grand lien qui relie tout ça, à savoir le trouble de stress post-traumatique.
Laryssa
Exactement. Voilà qui conclut un nouvel épisode de L’esprit au-delà de la mission. On enregistre aujourd’hui depuis Ottawa, et cette fois encore, on est ici en plein travail chez Pop Up Podcasting. Je tiens aussi à remercier Courtney Wright, notre productrice interne. À la prochaine, je suppose.
Brian
Prends soin de toi.
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