Aller au contenu
Nous ne sommes pas un fournisseur de services. Pour du soutien, consultez notre répertoire. Si vous êtes en détresse, appelez ou textez le 9-8-8.

Apprendre à nommer ce que nous avons vécu : Les histoires que nous racontons rarement

Je ne me suis jamais vraiment considérée comme une « enfant de militaire ».

Contrairement à beaucoup d’autres enfants de militaires et de vétérans que j’ai rencontrés, cette identité ne me correspondait pas. Je ne rejetais pas cette identité en soi, mais elle ne me convenait pas comme elle semblait convenir aux autres. Ce n’est que récemment que j’ai commencé à me tourner vers cette partie de moi avec curiosité plutôt qu’avec distance. J’ai progressivement compris le sens de grandir en tant que fille d’un vétéran ayant subi une blessure liée au service et ce que cela représente toujours pour moi. Ce processus s’est fait de manière apaisante au fil des années.

Mon père, Jack Henderson, a servi dans l’infanterie dans sa jeunesse avant de passer la majeure partie de sa carrière dans la Marine. Il était matelot de première classe et traceur sonar à bord du NCSM Athabaskan et du NCSM Margaree. Si vous me demandiez ce qu’il a fait, je pourrais vous donner le nom de quelques-uns des ports qu’il a visités. Je pourrais vous parler du fait de me tenir debout sur les quais du port de Halifax pendant les Journées de reconnaissance des familles de militaires, de la façon dont les navires semblaient excessivement grands par rapport à mes petites jambes et aussi de la fierté que je ressentais lorsque je le voyais en uniforme. Au-delà de ces fragments et de ces brefs instants, je ne pourrais pas offrir beaucoup plus, car notre famille n’a jamais parlé de son service de façon profonde ou soutenue. Ses histoires, quand il en partageait, portaient habituellement sur les beaux endroits qu’il avait vus dans le monde. Nous n’avons pas abordé son service lors de ses débuts à Chypre, les évènements survenus à bord du navire pendant plusieurs de ses longs déploiements dans la Marine, ni ce qui s’est passé lors de l’écrasement du vol 111 de Swissair au large de la Nouvelle-Écosse. Nous n’avons pas parlé non plus de l’impact que son intervention lors de cette tragédie a eu sur lui. Cependant, il était évident que les effets de son service ont rapidement changé notre foyer avant et longtemps après sa libération pour raisons médicales au début des années 2000. Je devais avoir 11 ou 12 ans à l’époque et je ne comprenais pas entièrement pourquoi mon père « prenait sa retraite » dans la quarantaine, alors que tous mes amis disaient que leurs parents devaient travailler encore de nombreuses années et me disaient que j’avais de la chance parce qu’il pouvait m’amener à l’école. C’était un contraste saisissant par rapport à mes très jeunes années, où je me souviens qu’il partait en bateau pendant des mois à la fois et qu’il filmait des vidéos de moi, enfant, afin de documenter mes premières étapes de vie ainsi que celles de mon jeune frère.

Les premiers souvenirs de son service qui me viennent à l’esprit sont les lignes nettes de son uniforme fraîchement repassé, sa barbe soigneusement taillée et les pleurs de mon petit frère lorsque nous l’avons vu sans sa barbe, le visage entièrement rasé, pour la première fois. Je me souviens très bien de l’odeur qui se dégageait pendant qu’il cirait ses chaussures au sous-sol pendant ce qui me semblait des heures. L’une de mes choses favorites au sujet de ses déploiements, c’est qu’il revenait toujours après de nombreux mois d’absence à la fois avec une nouvelle poupée pour moi, trouvée dans chaque port qu’il visitait. Je les ai encore, elles sont entreposées, car elles sont devenues de petits rappels des endroits où il est allé et une carte de son service. Ce sont les versions de son service que je garde en mémoire et qui me sont chères, alors que tant d’autres choses sont restées sous silence.

En vieillissant, ces souvenirs ont changé. Les chaussures polies et l’uniforme repassé ont commencé à revêtir un nouveau sens. J’ai commencé à voir le poids qu’il portait. J’ai remarqué les nuits sans sommeil, les jours où il ne quittait pas le lit, sauf pour nous amener, mon frère et moi, à l’école, et les longs regards perdus au loin. Je me souviens, enfant, d’avoir regardé dans sa chambre à coucher ou pendant qu’il dormait sur le canapé dans le salon pour voir s’il dormait encore et m’assurer qu’il allait bien. Je me souviens d’avoir été très en colère contre lui pendant les réunions de famille parce qu’il s’isolait dans la pièce voisine pour lire un livre ou faire une longue sieste, comme s’il voulait se couper du plaisir. Dans les moments où il semblait avoir l’énergie et la capacité de socialiser, mon père était connu pour son rire contagieux et son humour un peu fou, qui semblait ne jamais prendre de pause. Je sais maintenant que l’humour refoulait quelque chose de plus lourd. Dès l’âge de 12 ans et plus tard dans mon adolescence, j’ai dû composer avec mes propres sentiments de peur, d’anxiété et de tristesse, et mes propres idées suicidaires. J’attendais avec impatience les moments amusants et fantaisistes de mon père, qui semblaient parfois distants ou forcés. Je souhaitais désespérément une vie de famille qui ressemblait davantage à celle que j’imaginais chez mes amis. Bien sûr, mes parents ont tout fait pour que mon frère et moi soyons heureux et pour que nous puissions vivre les joies de l’enfance. Ces efforts renfermaient tellement d’amour; mais le non-dit semblait toujours prendre le dessus, assombrissant discrètement l’atmosphère de notre foyer, peu importe les efforts que nous faisions pour le cacher.

« Les premiers souvenirs de son service qui me viennent à l’esprit sont les lignes nettes de son uniforme fraîchement repassé, sa barbe soigneusement taillée et les pleurs de mon petit frère lorsque nous l’avons vu sans sa barbe, le visage entièrement rasé, pour la première fois. Je me souviens très bien de l’odeur qui se dégageait pendant qu’il cirait ses chaussures au sous-sol pendant ce qui me semblait des heures. »

— Jana Rockwell

À l’époque, je ne comprenais pas ce qu’était le trouble de stress post-traumatique (TSPT), et je ne savais pas comment il s’entremêlait avec sa santé, ses humeurs et son esprit. Ce n’est qu’à l’âge adulte et plus intensément au cours des dernières années, lorsque la santé physique de mon père est devenue de plus en plus complexe, que le tableau d’ensemble a commencé à émerger. Grâce à mes antécédents en travail social, maman et papa ont commencé à me demander d’assister aux rendez-vous médicaux de ce dernier et, pour la première fois, j’ai commencé à voir ce qui se cachait derrière la façade forte et dynamique, et mon père a commencé à s’ouvrir davantage. Les pièces du casse-tête ont commencé à s’assembler et j’ai compris à quel point le service militaire de mon père, sa blessure liée au service et sa santé physique étaient intimement liés. Au cours de cette période, j’ai commencé à comprendre à quel point le TSPT avait profondément façonné sa vie et, par extension, la nôtre. Les pièces ont commencé à s’assembler, et avec cette compréhension est venu le dénouement de mes propres émotions. La colère, le ressentiment, puis une profonde douleur pour la version plus jeune de moi-même qui avait tant essayé d’aider, qui voyait des choses qu’elle ne comprenait pas et donnait un sens à ces choses sans avoir les mots pour le faire.

En 2022, j’ai vu un appel à la participation d’un étudiant qui menait une recherche sur les répercussions des blessures liées au service du point de vue des enfants adultes. Quelque chose en moi m’a poussé à participer. Je crois maintenant que je voulais savoir si d’autres personnes avaient des expériences et des sentiments similaires aux miens. Ma participation à cette étude m’a permis de parler ouvertement pour la première fois de mon expérience de façon intentionnelle. J’ai partagé des histoires que je n’avais jamais racontées et je me suis permis d’exprimer les contradictions entre la fierté et le ressentiment qui caractérisent une famille de militaires. L’expérience a ouvert la porte à de nouvelles blessures que je n’avais pas encore reconnues, et encore moins traitées. Mais j’ai aussi trouvé une nouvelle curiosité. Je me suis alors plongée dans les revues spécialisées, à la recherche d’expériences similaires à celle de notre famille. À ce moment-là, j’ai réalisé que peu de recherches avaient été menées pour comprendre le vécu des enfants adultes et le rôle de la famille dans le soutien à leur être cher ayant subi une blessure liée au service.

La découverte du Cadre de l’Institut Atlas a donné une nouvelle dimension à ce parcours. Par l’entremise du Cadre, j’ai rencontré une communauté que je n’avais pas pleinement reconnue comme la mienne. Parce que je n’avais pas déménagé d’une base à l’autre pendant mon enfance et que nous ne parlions pas ouvertement de la vie militaire, j’avais discrètement supposé que je n’appartenais pas vraiment à cette communauté. Au contraire, lorsque j’ai participé à des projets consultatifs et rencontré d’autres enfants adultes, des conjoints et des membres d’autres familles, j’ai senti que j’avais trouvé des personnes qui comprenaient et valorisaient ma nouvelle identité multidimensionnelle. Donner des conseils sur des projets avec le Cadre m’a permis de voir que mon expérience vécue n’était pas accessoire – elle était précieuse et offrait un point de vue qui pouvait façonner de meilleures questions, des réponses plus compatissantes et, par conséquent, des systèmes plus compatissants. J’ai rapidement sauté sur l’occasion de participer à la formation en recherche par les pairs offerte par l’Institut Atlas et je suis maintenant impatiente de partager cet apprentissage avec d’autres.

Mon père est décédé en février 2024 à la suite d’un accident vasculaire cérébral. J’aimerais pouvoir lui demander la permission de raconter notre histoire. Mon père, Jack, était un homme très sage et curieux. Notre sous-sol était rempli de livres de philosophie, de spiritualité et d’histoire. Je pense aujourd’hui qu’il les lisait pour donner un sens à un monde qui lui montrait à la fois la beauté et la dévastation. J’espère que sa curiosité naturelle et sa sagesse l’amèneraient à être fier de ma propre exploration, de la manière dont je nomme et partage mon expérience.

En partageant ses luttes et celles de notre famille, je dois aussi partager ses dons. Mon père était un artiste et il avait une capacité incroyable de s’exprimer par la peinture, le dessin, la photographie et la musique. Son rire et sa présence étaient contagieux. C’était un père incroyable qui s’assurait toujours, peu importe la difficulté de ses journées, que mon frère et moi nous sentions aimés, que nous rigolions et que nous ayons toujours quelqu’un pour nous raccompagner à la maison. Son héritage en est un de résilience, de créativité, de sagesse et d’amour.

À bien des égards, participer à la recherche par les pairs me semble être une façon de guérir et d’honorer cet héritage. C’est ainsi que j’honore les parties invisibles de l’histoire de notre famille. Grâce à la recherche et à la défense des droits, j’ai trouvé les mots pour exprimer des expériences qui me semblaient auparavant insaisissables. J’ai trouvé une communauté au sein de laquelle je me sentais autrefois seule. En même temps, j’en suis venue à comprendre que la recherche, bien qu’elle soit puissante, ne remplace pas mon propre cheminement vers la guérison. Je participe activement à une thérapie avec un collègue travailleur social qui apporte une solide perspective tenant compte des traumatismes et une expérience approfondie du travail avec les vétérans et les membres de leur famille. L’impact que la participation à des activités de recherche et de défense des droits a eu sur mon parcours personnel est immense. Il existe parallèlement à une guérison intentionnelle; il ne la remplace pas.

Grâce à ce travail, j’espère non seulement plaider en faveur de meilleurs systèmes de soins pour les vétérans et leur famille, mais aussi embrasser ma propre identité militaire avec plus de compassion. J’apprends que je n’avais pas à revendiquer haut et fort mon identité militaire pour qu’elle soit vraie. Elle a toujours été là, entrelacée dans mes souvenirs, mes questions et mes valeurs. C’est quelque chose que je poursuis avec intention, humilité et engagement envers la guérison personnelle et le changement collectif.

Jana Rockwell

Ressources additionnelles

Renseignements supplémentaires pour les familles et les amis : La page Web de l’Institut Atlas offre des ressources, de l’information et des outils aux familles et aux amis des vétérans des Forces armées canadiennes (FAC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) vivant avec un TSPT. Elle vise à outiller les familles et les amis ainsi qu’à les aider à mieux comprendre et à soutenir leurs proches en période difficile.

Histoires de vétérans et de leur famille : Visionnez des histoires numériques de vétérans des FAC et de la GRC et de membres de leur famille. Dans leurs propres mots, ils partagent un fil conducteur de rétablissement et de résilience. En donnant vie à ces histoires, nous espérons soutenir les autres dans leur propre parcours.

TSPT et certaines options de traitement : La page Web de l’Institut Atlas donne un aperçu des causes et des symptômes du TSPT ainsi que quelques options de traitement.

Impliquez-vous : Sondez les occasions actuellement offertes afin de découvrir comment vous pouvez mettre à profit votre expérience et votre énergie pour changer les choses de manière positive pour la communauté de vétérans et leur famille.

Programme de formation en recherche pour les vétérans et leur famille : L’Institut Atlas pour les vétérans et leur famille a proposé un programme de formation gratuit, composé de quatre ateliers en ligne qui ont eu lieu d’octobre 2025 à mars 2026, conçu pour donner aux vétérans et à leur famille les connaissances et les outils nécessaires afin de participer activement aux études, d’y contribuer et de partager leur point de vue, depuis la conception des projets jusqu’à la diffusion des résultats.

Centre de connaissances : Découvrez une bibliothèque de résumés, de fiches d’information, de rapports de recherche, de vidéos, de guides, de pages Web et plus encore pour les vétérans, les familles, les prestataires de services et les chercheurs.

Vous êtes un vétéran ou un membre de sa famille et vous avez une histoire à raconter? Prenez contact avec nous et vous pourriez figurer sur ce blog!

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires