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Une présence dans les discussions et sur le podium : pourquoi les voix des vétérans sont importantes dans la recherche

Rencontrez la caporale (à la retraite) Sarah Lefurgey, une vétérane de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui s’est profondément mobilisée dans la recherche sur les vétérans depuis qu’elle a pris sa retraite en 2020. Lorsqu’elle a assisté au Forum de l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV) en 2023, dans le cadre de sa participation au Projet Athéna de l’Institut Atlas, elle avait deux objectifs clairs : voir l’expérience vécue représentée de façon plus significative parmi les présentateurs et, un jour, se tenir elle-même sur le podium.

Comme si ses paroles avaient été exaucées, Sarah est revenue au Forum ICRSMV en 2025, non pas en tant que membre de l’auditoire, mais en tant que coprésentatrice, pour faire part des recherches sur les expériences des femmes au sein de la GRC. Sa participation a été rendue possible grâce au programme de bourse de voyage de l’Institut Atlas, qui aide les vétérans et les membres de leur famille à assister à des conférences afin qu’ils puissent apporter une expérience vécue directement dans les conversations sur la recherche.

Nous avons communiqué avec Sarah pour en apprendre davantage sur son expérience, l’importance de l’expérience vécue dans la recherche sur les vétérans et ce que le fait de raconter son histoire représentait pour elle.

Qu’est-ce qui vous a intéressé à l’idée de participer au Forum l’ICRSMV 2025?

J’ai assisté au Forum ICRSMV pour la première fois en 2023, et ce fut une expérience incroyable. J’ai pu assouvir ma soif de connaissances avec la recherche et le contenu académique qui m’intéresse. De plus, ce fut une excellente occasion de réseauter avec d’autres vétérans. Cette expérience m’a également donné l’occasion de voir la façon dont ce forum déjà extraordinaire pourrait être amélioré davantage pour les vétérans comme moi.

J’ai remarqué lors du Forum de 2023 que les présentateurs et même l’auditoire ne reflétaient pas suffisamment les expériences vécues, ce qui m’a semblé être une occasion manquée. Il existe tant de connaissances à transmettre entre les chercheurs et les participants ayant une expérience vécue lorsque les deux groupes se réunissent. Il est également important de reconnaître que ces rôles se chevauchent souvent. Bon nombre de personnes, moi y compris, sont à la fois des chercheurs et des personnes ayant une expérience vécue. À mon avis, c’est avec ce chevauchement que les recherches les plus solides et les plus percutantes peuvent avoir lieu.

Quand j’étais membre de l’auditoire en 2023, nous avons parlé du fait qu’il serait formidable de revenir un jour pour présenter notre recherche dans le cadre du Projet Athéna. La boucle a été bouclée lorsque nous avons pu réaliser cela lors du Forum 2025. Ce fut une autre expérience incroyable. J’ai également remarqué que certains des commentaires dont j’avais fait part à l’ICRSMV au sujet de l’amélioration de l’expérience des vétérans avaient été pris en compte. Ce fut très gratifiant de constater cela, et je suis convaincu que cela a contribué à améliorer encore davantage le Forum cette année.

Les bénéficiaires des bourses de voyage et le personnel de l’Insitut Altlas au Forum ICRSMV 2025.
Les bénéficiaires des bourses de voyage et le personnel de l’Insitut Altlas au Forum ICRSMV 2025.

Qu’est-ce qui vous intéresse en matière de recherche sur les vétérans et pourquoi pensez-vous qu’elle est importante?

Les expériences des vétérans sont façonnées par des structures organisationnelles, des cultures et des fonctions uniques au sein des Forces armées canadiennes (FAC) et de la GRC. Lorsque la recherche aide les fournisseurs de services à comprendre ces contextes et les besoins qui en découlent, les soins peuvent être plus efficaces et véritablement axés sur la personne.

Un forum consacré à la recherche sur les vétérans joue un rôle important dans le renforcement de cette compréhension. Il aide les cliniciens et les systèmes à passer de l’apprentissage des environnements de service à la compréhension de la façon dont ces expériences ont affecté chaque vétéran, afin que le traitement puisse se concentrer sur l’incidence, le sens et le rétablissement.

Pourquoi pensez-vous qu’il est important que les vétérans participent à la recherche qui les concerne?

Dans le domaine de la recherche sur la santé des vétérans, et à vrai dire dans toute recherche concernant quelque population que ce soit, je crois fermement à la philosophie « rien sur nous ne se fera sans nous ». Je pense que si vous étudiez un groupe de personnes, elles devraient être des joueuses centrales dans le cadre des discussions. Les personnes ayant une expérience vécue, peu importe le sujet, apportent des connaissances, une richesse et des points de vue uniques qu’on ne peut pas apprendre par l’intermédiaire du milieu universitaire ou par la lecture d’études. Ces personnes aident à mieux façonner la recherche en cernant les lacunes ou les nuances que les chercheurs ne voient peut-être pas. Dans le cadre d’un travail qualitatif, l’expérience vécue peut rendre les questions plus importantes, fondées et pertinentes. Elle contribue également au recrutement, à l’interprétation des résultats et à la mobilisation des connaissances. Trop souvent, les personnes passent à l’étude suivante une fois la recherche terminée. Ainsi, la dernière étape est souvent oubliée : la façon dont les résultats sont utilisés pour créer une incidence positive ou éclairer les systèmes. C’est là que l’expérience vécue peut s’avérer particulièrement influente, en contribuant à s’assurer que la recherche mène réellement au changement.

Je pense que si vous étudiez un groupe de personnes, elles devraient être des joueuses centrales dans le cadre des discussions. Les personnes ayant une expérience vécue, peu importe le sujet, apportent des connaissances, une richesse et des points de vue uniques qu’on ne peut pas apprendre par l’intermédiaire du milieu universitaire ou par la lecture d’études.

Que diriez-vous aux vétérans et aux membres de leur famille qui souhaitent participer à la recherche?

N’ayez pas peur de participer. Communiquez avec les chercheurs et amorcez la conversation. Il faut parfois défendre ses intérêts et faire preuve de patience, surtout auprès de ceux qui n’ont jamais travaillé avec les vétérans, mais le jeu en vaut la chandelle. L’Institut Atlas a déjà accompli tant de choses dans ce domaine par l’intermédiaire du Projet Athéna, même si d’autres peuvent encore se montrer un peu hésitants.

Je conseille aux autres vétérans de ne pas perdre espoir ou abandonner. D’après mon expérience, une fois que vous trouvez des alliés dans le milieu de la recherche et qu’ils commencent à vous faire participer, la valeur de l’expérience vécue est reconnue par tous et il n’est plus nécessaire de plaider votre cause. Les alliés commencent tout simplement à comprendre à quel point c’est avantageux. Et si vous êtes confrontés à de la résistance, il ne s’agit probablement pas d’un groupe qui penche vers les pratiques exemplaires de toute façon. Il existe beaucoup d’excellentes équipes de recherche qui aimeraient vraiment que vous participiez.

Sarah Lefurgey, lors de sa présentation au Forum ICRSMV 2025.
Sarah Lefurgey, lors de sa présentation au Forum ICRSMV 2025.

Comment s’est passée l’expérience de la présentation au Forum ICRSMV 2025?

C’était incroyable! Lorsque j’ai assisté au Forum ICRSMV en 2023, j’étais complètement émerveillée par chaque présentation. J’ai rempli un carnet de notes avec une panoplie d’éléments à retenir. J’ai regardé ces personnes sur le podium et je me suis dit : « Mon Dieu, vous êtes tout simplement incroyables. Vous avez tellement de choses à nous apprendre! » Ainsi, être invitée à prendre la parole au Forum ICRSMV 2025 et me tenir debout sur le même podium deux ans plus tard fut un moment incroyable, comme si la boucle était bouclée. Ce moment était le résultat de mon travail depuis 2023 et de mon engagement visant à permettre aux personnes ayant une expérience vécue de mieux se faire entendre. J’ai vraiment ressenti un sentiment d’appartenance.

La présentation de l’une des premières études portant sur les expériences des femmes au sein de la GRC a également été un moment très important. J’étais fière du travail accompli et du fait que l’Institut Atlas ait reconnu l’importance d’attirer l’attention sur les expériences des femmes au sein de la GRC, un thème qui ne reçoit toujours pas l’attention qu’il mérite.

Selon vous, quelle a été la plus grande leçon que vous avez retenue en tant que bénéficiaire d’une bourse de voyage pour le Forum ICRSMV?

Au risque de sonner un peu à l’eau de rose, c’était comme rentrer à la maison. Cette fois-ci, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses personnes au Forum ICRSMV grâce à ma participation à celui de 2023 et au travail que j’ai accompli depuis. La communauté est tellement spéciale et unique. Les personnes sont si généreuses de leur temps et il y a une énergie très encourageante. Lorsqu’on me demande comment a été ma semaine à Ottawa, ma réponse demeure toujours la même : ce sont mes semblables. Il s’agit d’un espace où tout le monde est là pour apprendre, transmettre et s’entraider. Je sens cette énergie chaque fois que je côtoie des vétérans, tant au sein des FAC qu’au sein de la GRC.

Sarah Lefurgey qui parle de l’importance de l’expertise vécue des vétérans et de leur famille dans le cadre d’une discussion en panel.
Sarah Lefurgey qui parle de l’importance de l’expertise vécue des vétérans et de leur famille dans le cadre d’une discussion en panel.

Vous avez également été invité à faire partie d’un groupe de discussion sur les expériences vécues lors d’une activité organisée par l’Institut Atlas la même semaine, et vous êtes intervenu à la dernière minute lorsque l’un des panélistes n’a pas pu participer. Comment avez-vous vécu cette expérience?

C’était l’un de ces moments cruciaux que je vais considérer comme un moment décisif. Si quelqu’un m’avait demandé à l’avance si je souhaitais participer à une table ronde, j’aurais probablement hésité, me demandant si j’étais prête, si je serais trop anxieuse, si j’avais ma place ou si je ferais un bon travail. Toutefois, comme c’était à la dernière minute, je n’ai pas eu le temps de me convaincre de ne pas le faire. Cette occasion m’a poussé à sortir de ma zone de confort et à raconter certaines parties de mon histoire.

Les commentaires qui ont suivi ont été extrêmement positifs. Les personnes ont dit qu’elles avaient appris quelque chose et ont exprimé leur satisfaction et leur reconnaissance par de nombreux commentaires élogieux. L’une des choses auxquelles j’accorde le plus d’importance au sein de la communauté des vétérans est leur esprit d’ouverture qui découle des expériences communes. Ce terrain d’entente crée souvent un espace pour des conversations plus approfondies et plus importantes.

Ces expériences communes nous poussent à nous poser des questions sur qui nous sommes, où nous étions et où nous allons. Nous faisons face à des situations difficiles avec franchise et, ainsi, nous apprenons à mieux nous connaître. J’ai appris que le fait de faire part de ces expériences les uns aux autres est ce qui permet de créer les liens les plus solides.

Ces expériences communes nous poussent à nous poser des questions sur qui nous sommes, où nous étions et où nous allons. Nous faisons face à des situations difficiles avec franchise et, ainsi, nous apprenons à mieux nous connaître. J’ai appris que le fait de faire part de ces expériences les uns aux autres est ce qui permet de créer les liens les plus solides. C’est du moins ce que j’ai constaté.

Lorsque j’ai quitté la GRC en 2020, je ne voulais pas que quelqu’un soit au courant de certaines parties de mon histoire. L’idée d’en faire part à quelqu’un m’angoissait. J’avais l’impression d’être « différente », que c’était quelque chose à cacher, quelque chose que les gens ne comprendraient pas. C’est ce qui est remarquable avec des forums comme celui de l’ICRSMV et des organismes comme l’Institut Atlas. Lorsque vous côtoyez des personnes aux vues similaires et qui ont vécu les mêmes expériences, vous vous rendez compte que vous n’êtes pas seul. Vous avez ce sentiment de sécurité et vous comprenez « qu’il faut être courageux pour faire preuve de courage ». Il existe une force dans le fait de raconter des histoires pour soi-même et pour les autres.

— Caporale (à la retraite) Sarah Lefurgey

La caporale (à la retraite) Sarah Lefurgey a rejoint la GRC en 2009 et était une enquêtrice spécialisée dans les crimes contre les enfants. Sarah a été promue au poste de superviseure d’une unité de crimes majeurs avant de démissionner en 2020. Elle est membre du Conseil des vétéranes et du groupe de travail du Projet Athéna.

Ressources additionnelles

Forum ICRSMV 2025 : Découvrez les activités du Forum ICRSMV 2025, qui a eu lieu à Ottawa, en Ontario, du 20 au 22 octobre 2025. Parallèlement au Forum, l’Institut Atlas a également organisé une discussion en panel et une réception qui ont souligné la valeur et l’importance cruciale des vétérans et des familles ayant une expérience vécue.

Découvrez des histoires rendant hommage aux vétérans et aux familles de la GRC dans cette série de vidéos.

En savoir plus sur le Projet Athéna : Dirigé par l’équipe de la recherche appliquée de l’Institut Atlas, le Projet Athéna est consacré à mener une recherche pertinente et à établir de liens à l’appui du bien-être des vétéranes. Le groupe de travail du Projet Athéna est composé de vétéranes des FAC et de la GRC, chacune d’entre elles faisant profiter le groupe de ses perspectives sans pareilles, de ses connaissances, de ses compétences et de son expertise nécessaires à la réalisation de ce projet, pour veiller à ce que la recherche reflète les besoins et les priorités des vétéranes.

Réseau de transition des vétérans : Cet organisme de bienfaisance canadien offre gratuitement des programmes de counseling de groupe fondés sur des données probantes pour favoriser la transition harmonieuse des vétérans des FAC et de la GRC vers la vie après le service. Ses services sont axés sur le soutien en santé mentale, l’établissement de liens avec des pairs et l’apaisement des souffrances liées au service.

Études de recherche ouvertes au recrutement : L’Institut Atlas mène des études de recherche à grande échelle en partenariat avec notre réseau axé sur l’expérience vécue, des chercheurs et des organismes communautaires. Découvrez les études de recherche actuellement ouvertes au recrutement.

Centre de connaissances : Découvrez une bibliothèque de résumés, de fiches d’information, de rapports de recherche, de vidéos, de guides, de pages Web et plus encore pour les vétérans, les familles, les prestataires de services et les chercheurs.

Impliquez-vous : Sondez les occasions actuellement offertes afin de découvrir comment vous pouvez mettre à profit votre expérience et votre énergie pour changer les choses de manière positive pour la communauté de vétérans et leur famille.

Boussole de la recherche : Lisez le bulletin de l’Institut Atlas qui présente les plus récents renseignements concernant la recherche sur la santé mentale et le bien-être des vétérans et de leur famille.

Vous êtes un vétéran ou un membre de sa famille et vous avez une histoire à raconter? Prenez contact avec nous et vous pourriez figurer sur ce blog!

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