Aller au contenu
Nous ne sommes pas un fournisseur de services. Pour du soutien, consultez notre répertoire. Si vous êtes en détresse, appelez ou textez le 9-8-8.

Pour les vétérans, changer la façon de parler du suicide commence par changer le sens que nous donnons à l’idée de la force

La force a plusieurs sens dans le cadre du service : la discipline, le courage, la loyauté, la responsabilité et la capacité à rester concentré lorsque les circonstances sont difficiles et que d’autres personnes dépendent de vous. Ces qualités font partie de ce qui permet aux membres des Forces armées canadiennes ainsi qu’à d’autres qui servent en première ligne dans nos collectivités, comme la Gendarmerie royale du Canada et les premiers intervenants, d’intervenir dans des situations que la plupart d’entre nous ne connaîtront jamais.

Nous devons élargir la compréhension de ce que représente la force lorsque nous parlons de prévention du suicide chez ces vétérans et leurs familles, pour inclure des aspects comme reconnaître quand quelque chose ne va pas, dire à quelqu’un que vous éprouvez des difficultés et accepter du soutien avant que les choses deviennent insupportables. Cela peut également signifier reconnaître que les qualités qui ont aidé une personne à traverser un chapitre de sa vie ne sont pas toujours celles dont elle a besoin pour s’épanouir dans le prochain.

La Journée mondiale de prévention du suicide est l’occasion de changer la façon de parler du suicide. Pour les vétérans, une partie de ce changement signifie remettre en question l’idée selon laquelle la résilience se mesure à la capacité d’une personne de composer avec ses problèmes elle-même. Cela signifie également reconnaître le rôle important que jouent les familles qui soutiennent un être cher tout en veillant à ce qu’elles ne soient pas tenues d’assumer seules cette responsabilité.

Les membres de ces professions nobles ont appris à faire passer la mission et les gens qui les entourent en premier, à opérer sous la pression et à rester performants lorsque les circonstances sont difficiles. Pour de nombreux vétérans, ces qualités demeurent une source de fierté et d’identité longtemps après le service. Ces mêmes qualités peuvent parfois faire en sorte qu’il soit plus difficile d’admettre qu’ils ont besoin de soutien.

Nous avons fait des progrès importants dans la façon dont nous parlons de santé mentale au Canada. Les conversations qui se déroulaient autrefois en silence, si elles avaient même lieu, se déroulent maintenant beaucoup plus ouvertement. Au sein des communautés de militaires et de vétérans, on a également entrepris un travail important pour réduire la stigmatisation, élargir l’accès aux soins et créer plus d’occasions pour les gens de parler honnêtement de ce qu’ils vivent.

Cependant, l’idée que nous avons de la force doit donc aller au-delà de l’individu et inclure les familles, les lieux de travail, les collectivités et les systèmes qui les entourent. Fait important, le gouvernement du Canada élabore en ce moment sa première Stratégie sur la santé des hommes et des garçons, qui vise notamment à réduire la stigmatisation, à remettre en question les stéréotypes préjudiciables et à encourager les hommes à demander de l’aide au besoin. Cela est particulièrement pertinent pour la communauté des vétérans, où les hommes représentent la grande majorité de ceux qui ont servi et où la culture militaire peut recouper des attentes plus larges en matière de masculinité, de ténacité et d’autonomie. La Stratégie offre également l’occasion d’appliquer les leçons tirées des collectivités des vétérans et de leur famille à un défi plus vaste en matière de prévention du suicide. En effet, encourager les gens à demander de l’aide n’est efficace que lorsque le soutien approprié est accessible en temps opportun. La prévention exige donc une attention non seulement à la stigmatisation et à la recherche d’aide, mais aussi à la reconnaissance des périodes de vulnérabilité accrue, au renforcement des voies d’accès aux soins et à l’assurance que les familles et les collectivités sont outillées et soutenues en tant que partenaires dans la prévention.

Nous savons que, dans la communauté des militaires et des premiers intervenants, quitter le service peut entraîner des changements d’identité, de routine, de relations, de communauté et de sens du devoir. Pour beaucoup, cette transition se passe bien. Pour d’autres, cela peut coïncider avec des blessures, des défis liés à l’emploi, des pressions financières, des problèmes de santé mentale ou des changements au sein de la famille. La transition est une période prévisible de changements importants, et elle représente donc également une occasion importante de prévention. Des systèmes solides de soutien lors de la transition peuvent aider à mettre les gens en contact avec les sources de soutien appropriées plus tôt, à maintenir la continuité des soins et à reconnaître le bien-être des familles aux côtés de celui du militaire en transition.

Les familles sont souvent parmi les premières à remarquer des changements, et cette proximité peut faire d’elles des partenaires importants dans la prévention, mais cela ne devrait jamais les rendre responsables de la prévention du suicide. Les familles ont besoin de renseignements clairs sur le soutien disponible, les occasions d’être adéquatement inclus dans les soins et l’accès à des services qui tiennent compte de leur propre santé mentale et de leur bien-être. Le soutien d’un vétéran et celui de sa famille ne doivent pas être considérés comme des objectifs distincts. Le bien-être de l’un est souvent étroitement lié à celui de l’autre.

Nous ne devrions pas nous attendre à ce que les vétérans ou leur famille affrontent seuls leurs moments les plus difficiles. Que ce soit une conversation avec un ami, un appel à un pair, un rendez-vous avec un professionnel de la santé ou un membre de la famille qui remarque que quelque chose a changé, tout cela peut sembler être de petits moments, mais ils peuvent être incroyablement importants. Ces moments sont beaucoup plus susceptibles de se produire lorsque la demande d’aide est considérée comme une démonstration de force plutôt que comme le résultat d’une perte de celle-ci.

À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, changer la façon dont on parle du suicide signifie également changer le sens que nous donnons à l’idée de la force, et pour les vétérans et leur famille, cette définition renouvelée devrait inclure l’idée que personne n’a à tout porter elle-même.

— Fardous Hosseiny, président et chef de la direction de l’Institut Atlas pour les vétérans et leur famille