- 14 octobre 2026
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Ce qui naît après un traumatisme : témoignages sur la croissance post-traumatique au Canada et en Ukraine
Au cours de mes voyages en Ukraine, y compris lors de mon dernier séjour, j’ai été témoin d’une scène qui m’était familière. Je me suis assis aux côtés de soldats et de vétérans ukrainiens portant en eux des pertes visibles et invisibles : blessures, deuil, séparation, incertitude et identité bouleversée. Face à ces épreuves, je les ai vus se reconstruire, tant sur le plan personnel que moral, grâce à des sports adaptés et à des activités de plein air, où les camarades se rassemblent et s’encouragent mutuellement à relever de nouveaux défis et à découvrir des forces dont ils ignoraient peut-être l’existence. J’ai vu des vétérans ukrainiens pratiquer l’alpinisme et des sports en fauteuil roulant, la pêche et la planche à pagaie.
Mais j’ai également vu d’anciens prisonniers de guerre peiner à parler ouvertement avec leurs proches et les professionnels de la santé mentale de leur captivité et des tortures subies, et avoir du mal à faire à nouveau confiance. J’en suis venu à reconnaître systématiquement chez ces vétérans quelque chose que j’ai également observé depuis de nombreuses années chez les vétérans canadiens.
Je crois qu’il est important, dès le départ, d’établir la distinction entre traumatisme et évolution personnelle. Vivre un traumatisme ne signifie pas automatiquement une évolution personnelle. Cela ne signifie pas non plus que le traumatisme soit « bon pour quelqu’un », que la souffrance doive être idéalisée, ou que tout le monde en ressorte plus fort. D’après mon expérience, je sais que ces généralisations sont manifestement fausses. Certaines blessures restent à vie, et l’évolution personnelle et la détresse peuvent coexister en nous.
Ayant été témoin de profondes souffrances humaines pendant des décennies, j’ai été confronté à des traumatismes considérables et j’ai moi-même subi un préjudice moral important. La question qui se pose à ceux d’entre nous qui, par le biais de notre engagement, avons été exposés à des traumatismes et à la souffrance humaine est la suivante : pourquoi, au vivant une perte profonde, certaines personnes commencent-elles à construire quelque chose de nouveau?
Au cours de ma vie, j’ai travaillé au sein des communautés militaires, policières, de vétérans et humanitaires. J’ai été un témoin direct des effets des traumatismes, de la souffrance et des longues séquelles liées au fait d’en avoir été témoin. Je me souviens de vétérans comme moi, revenus d’Afghanistan, qui, après leur service, ont connu l’échec de leur mariage et un grave problème d’alcoolisme, mais qui ont réussi à devenir sobres grâce à une réadaptation et à reconstruire des relations saines, parfois même plus solides, avec leurs enfants. J’ai vu des vétérans ukrainiens et des personnes amputées lutter pour réapprendre à utiliser leur corps et, malgré les revers, découvrir une force physique et mentale renouvelée dont ils ignoraient l’existence.
Pour ma part, j’ai trouvé ma vocation et ma mission dans le ministère : témoigner de la souffrance et me tenir aux côtés de ceux qui ne devraient pas être isolés dans leur chagrin et leur peine.
En observant et en étudiant la croissance post-traumatique (CPT), j’en suis venu à mieux comprendre comment la croissance peut naître de la douleur. J’ai vu des vétérans dont les priorités ont changé : des personnes qui ont trouvé un sens à leur vie en se mettant au service des autres, dont les relations se sont approfondies, et qui ont découvert une conception différente de la force. Grâce au cadre conceptuel de la croissance post-traumatique, j’ai commencé à reconnaître en temps réel ce que j’observais depuis des années dans la vie des vétérans et d’autres personnes.
La CPT, développée grâce aux travaux des psychologues Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun, s’articule généralement autour de cinq domaines : une plus grande appréciation de la vie, des relations plus profondes avec les autres, la reconnaissance de nouvelles possibilités, un sentiment accru de force personnelle et un changement spirituel ou existentiel.
J’ai observé tous ces éléments à maintes reprises chez les vétérans. Mais ils se manifestent rarement de manière ordonnée, simultanée ou sans souffrance persistante.
Ces dernières années, mon travail en Ukraine, en particulier auprès des vétérans et de leurs familles, a modifié ma perspective et m’a révélé une autre dimension importante de la CPT. J’ai collaboré avec des associations de vétérans et j’ai récemment donné une conférence à l’UNBROKEN à Lviv, en Ukraine. Travailler avec les vétérans, leurs familles et les professionnels de la santé m’a permis d’observer les mêmes schémas de croissance dans ces cinq domaines, mais surtout, cela a mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les vétérans ukrainiens lorsqu’ils tentent d’évoluer alors que l’environnement traumatique persiste.
La guerre n’est pas devenue un événement du passé, clairement délimité. Des amis sont toujours au front. Des personnes sont toujours portées disparues. Des familles continuent de recevoir de terribles nouvelles. Les alertes aériennes continuent.
Malgré ces douloureuses réalités quotidiennes, j’ai également été témoin de vétérans soutenant d’autres vétérans, de familles créant des communautés autour du deuil, de personnes blessées découvrant un nouveau sens à leur vie, et de personnes s’obstinant à mener une vie pleine de sens malgré ce qui leur est arrivé.
À travers ces expériences, j’en suis venu à m’intéresser tout particulièrement aux facteurs qui semblent favoriser la CPT et aux domaines dans lesquels j’ai observé une évolution chez les vétérans au Canada et en Ukraine. J’ai constaté que cette évolution était liée à la recherche de sens, aux relations de soutien et à la communauté, à la capacité de raconter et de reconstruire son histoire, à des activités et à un engagement porteur de sens, à la reconnaissance de sa propre capacité d’agir, à l’ouverture à de nouvelles priorités et possibilités, ainsi qu’aux ressources spirituelles ou existentielles.
D’autres facteurs revêtent une importance cruciale pour la croissance : le temps et la sécurité psychologique. Or, j’ai rencontré ici un paradoxe dans l’expérience ukrainienne. Les gens peuvent être amenés à commencer à reconstruire un sens à leur vie avant même que la sécurité physique ne soit pleinement rétablie.
Mon expérience de plusieurs années en Ukraine a renforcé une leçon que j’avais d’abord apprise au Canada : la CPT n’est pas un concours de résilience, et ce n’est pas une exigence que l’on peut imposer à quelqu’un qui a souffert. On ne peut pas dire à un vétéran traumatisé : « Tu devrais tirer une leçon de cette expérience. »
Ce que nous pouvons faire, c’est contribuer à créer les conditions qui rendent la croissance possible: écouter, rester présent, offrir un soutien communautaire, laisser place au deuil, redonner le pouvoir d’agir et aider les personnes à découvrir par elles-mêmes un sens et un but à leur vie.
Je me rends compte que j’ai été appelé à témoigner différemment dans ma vie. Après des années passées à côtoyer des traumatismes, j’ai appris à ne pas me contenter de regarder une personne blessée en lui demandant : « Que t’est-il arrivé? »
J’ai également appris à me demander, sans imposer de réponse : « Qu’est-ce qui pourrait encore devenir possible? »
L’Ukraine a renforcé cette conviction — non pas parce que la souffrance est rédemptrice en soi, mais parce que les êtres humains créent parfois du sens, des relations et un but là où l’on ne devrait raisonnablement s’attendre à rien de tout cela.
— Révérend Paul Richards
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